A l’aune de #MeToo, Victoria’s Secret annule son célèbre défilé

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La marque de lingerie américaine, prise dans les difficultés financières et les polémiques, a confirmé qu’elle annulait son show, qui faisait la part belle à l’image de la femme-objet.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 20h25, mis à jour à 21h00

Temps de Lecture 3 min.

Lors du défilé de la marque de lingerie Victoria’s Secret, le 8 novembre 2018, à New York, les mannequins Winnie Harlow, Gigi Hadid, Kendall Jenner et Alexina Graham.
Lors du défilé de la marque de lingerie Victoria’s Secret, le 8 novembre 2018, à New York, les mannequins Winnie Harlow, Gigi Hadid, Kendall Jenner et Alexina Graham. ANGELA WEISS / AFP

Ce fut l’un des défilés de mode les plus suivis pendant vingt ans. La marque de lingerie américaine Victoria’s Secret a confirmé qu’elle annulait son show aux tenues affriolantes, en décalage avec le mouvement féministe #MeToo. La décision était dans l’air depuis l’été, après plusieurs années de chute d’audiences de ce défilé, né en 1995.

En 2014, les très sexy « anges » – surnom des mannequins de la marque, qui défilaient avec des ailes dans le dos – avaient attiré devant leurs écrans plus de 9 millions de spectateurs américains. En décembre 2018, ils n’étaient plus que 3,3 millions à suivre le défilé de cette marque prise dans les difficultés financières et les polémiques.

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La confirmation est tombée lors d’une conférence de presse téléphonique, jeudi, des dirigeants de la maison mère, L Brands, avec les analystes financiers à propos des mauvais résultats trimestriels de la marque. « Nous allons communiquer avec nos clients, mais ce ne sera rien d’aussi important que le défilé », a annoncé le directeur financier, Stuart Burgdoerfer.

Il a confirmé que Victoria’s Secret, qui incarnait autrefois le glamour, attirant les top models les plus demandées, comme Gisele Bündchen ou Naomi Campbell, n’arrivait pas, malgré de récents changements de dirigeants, à retrouver un second souffle.

L’esprit « femme-objet » a fait long feu

Les ventes ont tout juste dépassé le milliard de dollars au troisième trimestre 2019, soit une baisse de 7 % par rapport à la même période de 2018, et une trentaine de magasins appartenant directement à la marque ont fermé depuis février. Une contre-performance qui contribue à plomber les résultats trimestriels de L Brands, dont Victoria’s Secret fut longtemps le bijou, avec une nouvelle perte nette de 252 millions de dollars.

A l’origine de cette désaffection, une stratégie « marketing » à revoir, selon les dirigeants. De fait, Victoria’s Secret semble payer le prix d’une série de polémiques qui ont contribué à faire de la marque l’image d’un esprit « femme-objet » en décalage avec une demande croissante de plus de diversité sur les podiums et une prise de conscience des multiples agressions sexuelles subies par les mannequins.

La marque avait essayé de redresser un peu le tir lors de son défilé de décembre 2018, avec une distribution plus cosmopolite. Mais quelques jours plus tard, le directeur marketing Ed Razek avait déclenché une vive controverse en écartant la possibilité d’intégrer des mannequins transgenres et des femmes rondes, rejetant une tendance forte de la mode américaine durant ces dernières années. Il avait dû présenter des excuses publiques.

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Proche de Jeffrey Epstein

En parallèle à cette affaire, le nom de la marque n’a cessé de revenir au cours de ces derniers mois en lien avec l’affaire du financier new-yorkais Jeffrey Epstein, mort en prison après avoir été inculpé de multiples agressions sexuelles sur des jeunes filles mineures, des années durant. M. Epstein fut longtemps proche de Leslie Wexner, patron de L Brands, qui a contribué à l’introduire dans la jet-set et aux défilés Victoria’s Secret.

Bien que M. Wexner eût affirmé avoir rompu avec Jeffrey Epstein il y a plus de dix ans, L Brands avait indiqué en juillet, après l’inculpation du financier, avoir demandé à des avocats extérieurs de passer en revue tous les liens possibles avec lui. A l’heure du mouvement #MeToo, tout cela ne pouvait que desservir la marque.

L’association de défense des mannequins Model Alliance a d’ailleurs salué sur Twitter l’annulation du défilé. Et souligné que plus de 100 mannequins avaient signé une lettre demandant à Victoria’s Secret d’adopter son programme « Respect », visant à prévenir les agressions sexuelles et à garantir des conditions de travail équitables.

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En attendant de voir si Victoria’s Secret se remettra de cette série noire, le monde de la lingerie a comme nouvelle star la chanteuse Rihanna, avec sa marque Savage. Cette dernière est le parfait contre-pied de Victoria’s Secret : la diversité est le maître-mot, et les femmes semblent y maîtriser leur corps et leurs désirs, assumant leurs formes sans s’inquiéter du regard des hommes.

C’est chez Rihanna que les stars s’affichent aujourd’hui et que les grands mannequins défilent, comme Gigi et Bella Hadid ou Cara Delevingne, qui participaient au défilé Savage à New York en septembre. « C’était la première fois sur un podium que je me sentais vraiment sexy », déclarait récemment Bella Hadid au magazine Elle. « Je ne m’étais jamais sentie aussi puissante sur un podium, en sous-vêtements. »

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