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  • Affaire Jeffrey Epstein

Ce carnet d’adresses du milliardaire accusé de pédophilie alimente, depuis des années, des mises en cause hâtives.

Par Samuel Laurent Publié aujourd’hui à 01h29

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L’immeuble du 22, avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris, où est situé l’appartement de Jeffrey Epstein.
L’immeuble du 22, avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris, où est situé l’appartement de Jeffrey Epstein. CHARLES PLATIAU / REUTERS

Jean-Paul Mulot n’en est toujours pas revenu. Voilà dix jours, cet ancien directeur délégué du Figaro, désormais « ambassadeur » au Royaume-Uni de la région Hauts-de-France, dirigée par son ami Xavier Bertrand, a dû justifier par voie de presse la présence de ses coordonnées dans un carnet où il ne fait pas bon avoir son nom : le « petit livre noir » (little black book) de Jeffrey Epstein, qui s’est suicidé en prison à New York le 10 août, un mois après son arrestation pour « abus sexuels sur mineurs ».

Le nom de M. Mulot avait été relevé, durant l’été, par plusieurs sites complotistes ou proches de l’extrême droite. Puis l’une de ces mentions, sur Breizh Info, a fait l’objet d’une reprise par le quotidien 20 Minutes.

M. Mulot est pourtant catégorique : il ne connaissait pas le sulfureux milliardaire, ne l’a rencontré qu’à une seule reprise lors d’un dîner « il y a une quinzaine d’années », et le décrit comme un personnage « affreusement mal élevé, odieux ». Son épouse, dont les coordonnées sont également présentes dans le carnet, aurait pour sa part connu l’ex-compagne et complice présumée de M. Epstein, Ghislaine Maxwell, durant leurs études à Oxford. Pour M. Mulot, la publication de son nom est une « dégueulasserie », dont il dénonce l’instrumentalisation par l’opposition Rassemblement national dans les Hauts-de-France. « C’est pour mes enfants que c’est épouvantable », confie M. Mulot au Monde, lucide sur le risque que, à l’heure des réseaux sociaux, « cela va coller, ce sera réutilisé, repris » contre lui à l’avenir.

Des dizaines de noms célèbres

Le « petit carnet noir » de Jeffrey Epstein refait ainsi surface mais il est en réalité depuis le début au cœur de l’affaire, qui fascine l’Amérique depuis une dizaine d’années. Le milliardaire, ami de Donald Trump comme de Bill Clinton, est accusé d’avoir organisé un réseau destiné à lui procurer des jeunes femmes, souvent mineures, instrumentalisées et manipulées, avec lesquelles il avait des rapports sexuels. Son île, située dans les îles Vierges américaines, a été rebaptisée « Pedophile Island » par la presse américaine. Selon l’accusation, il « prêtait » également parfois ces jeunes femmes à ses amis.