Coronavirus versus homo senegalensis; la dialectique du maître et de l’esclave Par Alassane Koringho SAGNA

 Coronavirus versus homo senegalensis; la dialectique du maître et de l’esclave Par Alassane Koringho SAGNA

C’est une vérité connue ! Nous avons tous une part de folie cachée au tréfonds de nos énergies ou pouvoirs intérieurs. Cette folie légendaire se pointe toujours au mauvais moment, moment d’espoirs perdus et de désespoir. Grande est la désillusion lorsque nous voyons, d’un coin de l’œil, la folie sénégalaise défiant l’intolérant et tout petit virus qui secoue les supposées bonnes assises de notre humanité, en théorie, infiniment grande : le coronavirus. Très certainement, les sénégalaises et sénégalais ont un mode particulier d’appréhension du réel, de ce monde et de l’irréel. L’invasion d’une modernité « occidentalocentrique », les représentations sociales, voire socio-anthropologiques, bien sénégalaises et nos comportements incongrus projettent devant nous un triangle d’images dénué de toute isocélie. Entre les terriens et le coronavirus, c’est une étonnante dialectique du maître et de l’esclave qui fait vaciller nos forts de certitudes. Dans les rapports entre le maître et l’esclave, ce triangle d’images ouvre d’abord la voie à une analyse contextuelle avec comme point de départ l’échelle internationale, puis à un diagnostic du combat opposant l’homo senegalensis au coronavirus (première partie de notre titre) et en fin à une osculation de cette dialectique du maître et de l’esclave (seconde partie de notre titre).

  • Scénario aux allures de Thriller

Nous sommes comme dans un Thriller. C’est l’histoire d’un tout petit virus issu, selon une hypothèse bien répandue, d’une mauvaise manipulation au sein du laboratoire P4 de la capitale de la province de Hubei (Wuhan-Chine). Comme par hasard, après l’inauguration de ce laboratoire en 2015, un nouveau virus voit le jour en plein cœur de Wuhan où se situe justement l’institut de microbiologie de la Chine. Curieuse coïncidence, savante anticipation ou complot bactériologique ? A ce stade d’évolution des événements, impossible d’infirmer ou de confirmer une telle hypothèse.

Cela dit, la configuration géopolitique actuelle du monde nous pousse parfois à devenir des partisans de la théorie du complot tant les Etats de ce monde, devenu si immonde, sont dominés par une forte volonté de domination et une folie des grandeurs sur le plan économique. L’Italie est à ce titre accusée de multiplier par 10 ses nombres de morts du coronavirus pour échapper aux contraintes budgétaires, bénéficier d’un allègement de la dette auprès de l’Union-Européenne et avoir accès à des facilités de financement. A l’heure actuelle, vérité ou mensonge d’Etat, la botte de l’Europe a reçu des promesses sur des avantages financiers qui vont balayer une morosité économique anté-covid19 et assurer une bonne gestion de la situation post-covid19.

Des conjectures et réfutations, le monde s’est vu enfoncer dans une fâcheuse conjoncture généralisée dont l’auteur serait le nouveau coronavirus (Covid-19). Naturellement, le conditionnel est ici notre meilleur allié car nous restons prudents quant à la provenance véritable de ce virus. Dans son expansion planétaire, le Covid-19 n’a épargné rien ni personne. L’Afrique est l’un des derniers continents à être touché par le coronavirus. Mais ici, cette pandémie se vit autrement car les réalités et trajectoires socio-historiques sont bien particulières. Au Sénégal, le coronavirus a engagé un combat face à l’homo senegalensis, un sujet social tout autre.

  • Coronavirus versus homo senegalensis 

Dès l’annonce du premier cas de coronavirus à Ndoumbélane, l’espace public a été envahi par des vagues de réactions diverses allant des plus idiotes aux plus burlesques. Nombreux sont ceux qui sont allés jusqu’à nier l’existence de cette pandémie malgré les multiples tentatives d’explications de parents, voisins et amis. En réalité, le cas du Sénégal est semblable à celui de beaucoup d’autres pays du continent noir. Nos populations peinent à croire en l’existence de certaines épidémies ou pandémies jusqu’à ce que celles-ci conduisent à une hécatombe. N’allons pas très loin! Hier, la maladie à virus Ebola et aujourd’hui le coronavirus : nous doutons de tout, même des évidences les plus évidentes.

Si seulement nos doutes étaient fondés sur des bases intellectuelles solides, nous ne nous surprendrions pas en inquiétude. Mais nos éternels douteux se bornent à vouloir nous faire comprendre que notre pays serait, en quelque sorte, immunisé contre tous les malheurs qui frappent et frapperont l’humanité (le coronavirus y compris). La Divine Providence aurait accordé au peuple sénégalais une assurance sécurité-vie qui le prémunirait de ces malheurs du monde. Il serait sous la protection de Saints Gens de Dieu. Rien de bien logique dans tout cela car la colère de Dieu, pour ceux qui y croient, s’abat même sur les plus croyants des croyants.

Dans ce contexte socio-anthropologique « authentique », il n’est pas étonnant de voir une partie de la population sénégalaise se foutre crânement des propositions et dispositions démocratiques de la puissance publique. A leur décharge, nous pouvons évoquer l’échec de « l’Etat importé », savante expression de J.F. Bayart, qui n’a pas réussi à s’adapter aux réalités sociologiques des peuples d’Afrique. Mais cela ne nous semble pas être une raison valable pour faire de notre République une République « torche-culs ». Excusez l’expression ! Le décret de couvre-feu et d’état d’urgence (nous ne discutons pas ici de sa pertinence) doit être respecté par tous les citoyens en situation de péril imminente. Nous pensons à ces jeunes de la banlieue dakaroise et de certains quartiers de Saint-Louis qui ne cessent de défier, à cœur joie, les forces de défense et de sécurité. Inconscience citoyenne ou symbole d’une jeunesse révoltée ? La réflexion demande plus d’investissement intellectuel.

Nous sommes des humains et rien de ce qui est humain ne nous est étranger !  Cette citation d’inspiration térencienne titille notre argumentation précédente. Oui, nous ne pouvons ne pas penser à ces citoyens (médecins, journalistes, techniciens, « goor goorlu », « xoslou man », etc.) qui devraient bénéficier d’une certaine diplomatie policière dans ce contexte particulier. A ce niveau, donnons un carton rouge à ces forces de l’ordre qui ont reçu carte blanche pour matraquer des citoyens « récalcitrants ». Notre condition humaine nous oblige à nous agenouiller solennellement devant ces victimes, les médecins singulièrement, pour demander le pardon de la République.

L’autre aspect du combat entre coronavirus et homo senegalensis, c’est le foisonnement d’ordonnances prescrites par ci et par là pour prétendument soigner le Covid-19. En vérité, nous vivons dans un pays sortant de l’ordinaire : nous avons 16 millions de médecins, d’avocats, de journalistes, de juges…,et même 16 millions de présidents de la République. De jeunes et vieux charlatans n’hésitent pas à faire la publicité de leurs remèdes miracles supposés vaincre le Covid-19 sur les réseaux sociaux. Comme les sophistes, ils trouvent toujours des gens à con-vaincre. Cela est un véritable malheur pour notre nation.

Nous ne pouvons guère mettre en exergue tous les temps forts du combat opposant le coronavirus à l’homo senegalensis. Retenons simplement que la situation actuelle n’est point favorable aux inepties venant de part et d’autre. Si nous voulons vaincre cette pandémie à l’échelle locale, il faut une union des forces de chacun d’entre nous, un respect strict des règles établies et une volonté réelle d’en finir, d’urgence, avec ce virus. C’est la voie qui semble être prise par de nombreuses nations du monde au cœur de la dialectique du maître et de l’esclave.

  • La dialectique du maître et de l’esclave 

L’homme, maître et possesseur de la nature, n’a jamais vraiment imaginé qu’un élément infiniment petit de cette nature sous domination humaine allait devenir son maître. Infatué, cupide et intellectuellement borgne, il s’est fait avoir par le coronavirus. Le petit virus a mené le combat de mère nature et obtenu des résultats alors inattendus. En Chine par exemple, la pollution atmosphérique est passée de 10 à 3 pour cent grâce aux mesures de confinement et de mise sous quarantaine. En Europe, l’Agence Spatiale Européenne a fait le même constat dans les pays confinés.

Notre actuel maître, le Covid-19, a aussi poussé les grandes entreprises de ce monde à faire un « lock out » pour adopter le télétravail. Il a fermé les écoles, Universités et Instituts de recherche et a mis dans une situation de panique ces fous de climato-sceptiques à l’image de Donald Trump et de Jair Bolsonaro. Ce dernier, président du Brésil, n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier le coronavirus de « foutaise ». Rappelons les chiffres de son pays : 77 morts et 2.295 cas confirmés à la date du 28/03/2020. Ne mérite-t-il pas une destitution pour crime contre la santé publique ? L’opposition brésilienne mène actuellement ce combat.

Celui qui se croyait infiniment grand s’est donc aujourd’hui vu vaincre par l’infiniment petit. Grandement menacé, l’homme a déclenché la troisième guerre mondiale, une guerre contre un ennemi invisible (à l’œil nu) et furtif. De la Chine aux Etats-Unis en passant par l’Europe et l’Afrique, le Covid-19 a manifestement gagné la bataille. Qu’en sera-t-il de la guerre ? Nous attendons et espérons !

I.S

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2 Commentaires

  • C’est une pertinente analyse et il a raison sur toute la ligne vraiment

  • C’est dommage que les doutes que LES COVIDIOTS avaient sur le COVID19 étaient infondées mais ils avaient l’habitude(habitude seconde nature) de parler sur des sujets qu’il ne maîtrisent pas….

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