Covid-19 : le monde en claudication ! Par Moustapha Bamba DIOGO

 Covid-19 : le monde en claudication ! Par Moustapha Bamba DIOGO

Disons, d’entrée de jeu, que notre intention n’est, ici, ni de faire une étude panoramique sur cette kyrielle de mesures prises, incessamment et différemment, par les Etats en proie à cette pandémie, le Covid-19 ; ni de procéder à une critique des observations (en rapport toujours avec la question de l’heure, suscitant encres et salives, scepticisme et angoisse) écrites, dans bien des fois, hâtivement pour être vraiment réfléchies. Nous ne chercherons pas non plus une pharmacopée de sortie de crise suscitée par ce virus furtif et mortel, le coronavirus. Qu’on ne se méprenne pas : il s’agit pour nous d’analyser la crise dramatique que traverse le monde en mettant le focus (le plus) sur les rapports interétatiques à l’aune de la mondialisation.

 Cet article, aux lignes franches et neutres, participe donc à l’éclairage d’un point substantiel structurant les relations internationales depuis des lustres et se propose de montrer l’impérieuse nécessité de penser à repenser cette forme de mondialisation en vue, enfin, de « faire-monde avec le Vivant, l’Humain ». Cela est nécessaire à dire pour commencer.

Le covid-19 a révulsé plus d’un…

Pourtant, tout semblait rose dans un passé récent (il y a quatre mois) jusqu’au moment où le coronavirus fait irruption, en décembre 2019, à Wuhan (Chine). Apparu à Wuhan, alors cluster de la maladie, le coronavirus a fini par se propager (rapidement) presque partout dans le monde en assommant, à coups de hache, les pays dont les systèmes de santé sont faibles (notamment les pays d’Afrique subsaharienne) mais surtout les pays qui se targuaient d’en avoir quantitativement et qualitativement (France, Italie, Etats-Unis, etc.). Aujourd’hui, le Covid-19 plonge le monde dans une crise sans précédent. Il est, en effet, une urgence sanitaire mondiale (fait suffisamment manifeste pour être remarqué).

Atteint par le coronavirus, le cheval mondial galope sur le mauvais pied. Il a d’abord frisé la catastrophe ; ensuite chétif, il s’alite à présent : le monde est en claudication ! On se croirait, tout au début, dans un film d’horreurs ou encore dans une alléchante série-fiction. Mais aujourd’hui, la désillusion est grande et le constat désobligeant. Le coronavirus est devenu une réalité tangible, pressante. Les dirigeants qui avaient sous-estimé, du moins qui n’avaient pas pris au sérieux l’épidémie, chinois dans un premier temps (rappelons-nous des mises en garde substantielles, malheureusement « esquivées ou étouffées » par le gouvernement chinois, du médecin ophtalmologue chinois, Li WENLIANG, mort par la suite à l’âge de 34 ans ; il mérite des hommages sans fin pour avoir tenté de mettre au parfum, très tôt, le monde par rapport au danger que représente le coronavirus alors à ses débuts insoupçonnés par bon nombre de chinois), sont en train de payer un lourd tribut (notamment la Grande-Bretagne, le Brésil et les Etats-Unis). Ce monstre « invisible », subtile et surtout « mortel » qu’est le coronavirus ne semble épargné personne (personne physique et personne morale). Nul n’est à l’abri : même les structures à réputation internationale reluisante sont aujourd’hui fortement ébranlées. Il s’agit, entre autres, de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et de l’UE (Union Européenne).

Que c’est étrange ! Les pays dits « développés » qui n’hésitaient pas à sortir l’artillerie lourde pour « faire souffrir l’autre » vu comme « adversaire », qui montraient fastueusement leur puissance vis-à-vis des autres pays qualifiés de « sous-développés ou de pays en voie de développement », qui fabriquaient, rapidement et à des prix exorbitants, des infrastructures de haut calibre, des armes nucléaires, etc., sont aujourd’hui « incapables » de barrer la route au coronavirus, ce petit virus furtif, agressif et mortel. Ils sont puissants, qu’à cela ne tienne car le Covid-19 est en train de gagner du terrain chez eux et qu’il incombe à ces pays jadis « puissants » et aujourd’hui sous le joug, le carcan et la pression titanesque du virus, de trouver, vite fait, le remède (approprié et sans bavures) anticoronavirus. Autant donc dire, en un mot, que nous assistons à la « déstabilisation des stables ».

La différence entre pays riches et pays pauvres se voit certes en filigrane mais devient impertinent comme angle d’analyse dans ce contexte de crise mondiale. « Le monde s’effondre » (pour reprendre le titre attrayant du roman de Chinua ACHEBE) et quand celui-ci, ce « tout-globalisé », s’enlise dans un foutoir tragique, alors la différence, béante soit-elle, entre les pays devient tout simplement impertinent. C’est une question de survie !

 Le monde est aux abois mais refuse de céder (succomber) devant la menace réelle et herculéenne que représente le Covid-19. Les pays les plus touchés, loin de rester aux aguets, montent au créneau. Ils sont dans une sorte de labyrinthe et y cherchent, ardemment des subterfuges. Certains d’entre eux semblent atteindre le paroxysme, enregistrant des proportions de cas confirmés rocambolesques (à la date du 20 avril 2020) : Etats-Unis 723 605 cas confirmés, Espagne 195 944 cas confirmés, France 111 463 cas confirmés, Italie 178 972 cas confirmés, etc. (OMS). Dans cette grande torpeur, bon nombre de chefs d’Etats, soucieux de la santé et du bien-être de leurs populations, mettent en place une orgie de stratégies de riposte en vue de « survivre ». C’est le lieu pour moi de présenter mes hommages à tous les chefs d’Etats et surtout aux professionnels de la santé du monde entier. Mon admiration envers vous est grande et sincère (à ceux et celles qui ont perdu leur vie en voulant sauver des vies, les médecins je veux dire, je m’incline devant leur mémoire).

Face à cette levée de boucliers, le coronavirus durcit le ton, fait long feu et jette l’émoi presque partout dans le monde. Dans ce contexte de turbulences, il est apparu comme une nécessité de repenser les relations « interdépendantes » qui structurent le monde. En effet, nous avons beaucoup (et intérêt) à apprendre du Covid-19 : « Nos vies valent plus que leurs profits », disait l’homme politique français, Olivier BESANCENOT.

…et ne cesse de montrer l’impérieuse nécessité de penser à repenser les relations internationales : le « faire-monde avec l’Humain » s’impose !

L’apparition du Covid-19 met à nu le capitalisme « sauvage » (épris de biens et services) et la mondialisation « top-down ou unidirectionnelle » où les pays du Sud, pourtant véritables « donneurs » à l’occasion de ce grand rendez-vous du donné et du recevoir, « souffrent » de plus en plus. Cette pandémie comporte en effet des effets nocifs mais révélateurs des pratiques malsaines et attentatoires à la bonne marche du monde (un « monde pour tous »). Elle a ostensiblement montré l’existence d’une mondialisation qui faisait de l’Humain un simple « subsidiaire » ou un tremplin sur lequel il faut « simplement » s’appuyer pour « faire profit ». Erreur monumentale !

 Une mondialisation capitalistique et non solidaire ; Edgar MORIN ne me contredira pas.  Analysant la situation causée par le Covid-19, le sociologue et philosophe, Edgar MORIN, affirme que « cette crise nous montre que la mondialisation est une interdépendance sans solidarité ». En effet, si les superpuissances avaient prêté main forte à la Chine, chancelée en premier par le coronavirus, on n’aurait pas dû, peut-être, en arriver à ce stade ou, du moins, les proportions seraient moins terrifiantes comparées à celles de nos jours. Jouer aux sapeurs était une très belle occasion pour « désamorcer les bombes ». Hélas, la réalité est tout autre, les conséquences apparentes et (très) amères.

Dans ce contexte, cette mondialisation « cupide » et conséquemment « unidirectionnelle » est juste moribonde. Il faut (re) considérer l’Humain en lui accordant une place de choix dans les relations internationales. Aujourd’hui, plus que jamais, l’humanité se voit offrir une opportunité inespérée : un « Nouveau Départ ». Il urge, en effet, de bâtir un « Nouveau Monde » embrassant les principes de justice, de confiance et d’équité, le « tout-globalisé » pour le bien-être de l’Humain. En jouant au « cupide », on risque de tout perdre : l’Humanité. Ce qu’il nous faut, c’est nouer un « Nouveau Pacte Social Mondial », franc et fructueux. J’avoue qu’il s’agit là d’une glorieuse mission qui doit être nécessairement entreprise collégialement et sincèrement (j’insiste sur ce point).

Nous avons un grand intérêt à rompre d’avec le capitalisme « sauvage », d’avec la violence (devenue légitime au sens bourdieusien du terme) et la prédation maquillée en « libéralisme ». Nous devons « faire-monde avec le Vivant ». L’écrivain sénégalais, Felwine SARR, éclaire cette idée féconde en rebondissements. En effet, l’auteur d’Afrotopia et d’Habiter le monde, se borne, avec plus de sagesse que nous, à montrer que la vraie culture : c’est l’humanité ; l’espace : c’est la terre ; et, enfin, la communauté : c’est le Vivant. Mieux l’on voit, à la lecture de sa pensée, qu’il est possible, notamment pour les pays africains aux prises avec des difficultés au quotidien (société du risque, notion que j’emprunte au sociologue allemand Ulrich BECK), de se créer une mondialisation sui generis.

Il en ressort, avec clarté, que les effets intempestifs du coronavirus nous obligent à revoir les liens qui nous lient les uns aux autres. Bien plus, ils révèlent, à bien des égards, un profond désir de se réunir autour de l’essentiel (d’opérer une trêve politichienne) pour un « Nouveau Départ ». En réalité, nous devons prendre le temps, ensemble, de faire le bilan (sans complaisance) de tout ce que nous avons accompli de concert et surtout de tirer des leçons de cette pandémie pour des perspectives beaucoup plus fructueuses. Cette bronca de René DUMONT (1962) donne matière à réfléchir : « les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde ; les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques ». Gardons tout cela à l’esprit et voyons maintenant si nous pouvons conclure cet article.

Peut-on conclure ?

Je me le demande sans cesse ; tellement le problème est délicat, son traitement scientifique (et non pseudo-scientifique) est également très complexe.  Le monde se délite sûrement. Les enjeux politiques sont énormes. La Chine, alors bouc émissaire, se mue en mécène en apportant son soutien à certaines nations qui sont dans le désarroi. L’augmentation des prix des billets d’avion Paris-Pékin (qui avaient atteint les 32 000 euros par personne), la vente de masques aux pays touchés par le virus, etc., ont permis la Chine de s’enrichir économiquement. Au moment où son principal challenger, les Etats-Unis, sombrent à cause du Covid-19, la Chine, ce pays au mental de fer, tient debout, comme un « Seul Homme ». Elle est en passe d’être le « Numéro UN Mondial », supplantant les Etats-Unis qui se jouissaient, depuis des lustres, de ce titre honorifique.

En effet, le tonitruant président des Etats-Unis, Donald TRUMP est en train, sciemment ou inconsciemment, de jouer la carte de sa réélection ou celle de sa non-réélection. Ce président « garde-fou », défendant le slogan « America First » (l’Amérique d’abord ; slogan utilisé par le président américain, Woodrow WILSON, lors de sa campagne pour sa réélection en 1916) sous-entendant « the rest of the world afterward » (le reste du monde après), perd en efficacité depuis l’avènement du World War III (WW3, l’hashtag qui faisait peur aux internautes) ayant secoué le monde entier et ayant été étouffé, par la suite, par une ou des raisons que j’ignore totalement.

 Parallèlement, le camp démocrate américain, sous la houlette de Joe BIDEN, gagne des points depuis cet avènement USA Vs IRAN. Rappelons que l’assassinat « ciblé » du général iranien, Qassem SOLEIMANI, avait suscité la colère et la haine viscérales de l’Ayatollah Ali KHAMENEI, un revanchard qui voulait venger implacablement la mort du digne et valeureux fils de la République Islamique d’Iran. Ce bras de fer USA Vs IRAN remettait également, aux yeux de l’opinion internationale, en question la souveraineté de l’Irak, pays où fut assassiné SOLEIMANI. L’élection présidentielle américaine est prévue pour le 3 novembre 2020. Au risque d’être « chassé » de la prestigieuse maison blanche, Donald TRUMP doit faire preuve de hardiesse dans sa lutte contre le Covid-19.

De même Emmanuel MACRON, secoué par le mouvement des « Gilets Jaunes » puis souvent critiqué par rapport à la réforme des retraites, doit montrer, à travers la lutte qu’il mène contre le coronavirus, qu’il mérite la confiance des français et des françaises et, partant, qu’il mérite bien de s’asseoir sur le sedia gestatoria installé dans l’Elysée sis à Paris. J’avoue que je lui trouve plein de courage à l’occasion de ses sorties médiatisées et relatives au Covid-19. Il essaie, tant soit peu, d’assurer et de rassurer le peuple français ; des discours admirables et dignes d’éloges. Toutefois, l’avenir nous dira si la « tangibilisation » de ses discours a eu des effets positifs (qualitatifs et quantitatifs) dans la lutte contre le virus en France ou, au cas contraire, si ses sorties n’étaient qu’un verbiage, une sorte de « Macronie » creuse.

Macky SALL, quant à lui, a réussi son pari de réunir les forces politiques de l’opposition autour de l’essentiel : la lutte contre le Covid-19, cet ennemi commun sans scrupules. Il a, de ce fait, activer le mode « Tous contre UN ». Est-ce à dire que les bases d’un futur et réel dialogue national sont à moitié jetées ? L’avenir nous le dira également mais toujours est-il que la loi d’habilitation et l’aide alimentaire ont suscité des réactions ici et ailleurs, discréditant le régime de Macky SALL. Aussi, avons-nous constaté que l’hypothèse selon laquelle le Sénégal est un pays « béni », « immunisé » contre toute attaque de « l’extérieur » est aujourd’hui exclue. Le premier cas de coronavirus enregistré au Sénégal (et « importé » de la France) mais surtout les décès enregistrés par ce pays et liés au Covid-19 ont rendu cette hypothèse burlesque, factice et fallacieuse. Reste cependant à savoir si réellement la catatonie de l’homo senegalensis est curable. Dans ce pays, comme partout ailleurs, les conséquences du Covid-19 retentissent fâcheusement sur le quotidien des populations. L’économie dégringole effroyablement, la peur et l’angoisse gagnent le cœur des concitoyens, le « goorgolu », le « xooslouman » et le « taqaléman » (en un mot, le « débrouillard ») sont révulsés par l’avènement du coronavirus.

Dans le but de prêter main forte à l’Afrique dans ce contexte de crise mondiale, certains pays africains sont bénéficiaires d’une annulation de la dette vis-à-vis de la France. Il s’agit, entre autres, du Congo, du Madagascar, du Tchad, du Burkina Faso, du Mali, etc. Toutefois, à la place de me réjouir hâtivement, je préfère me demander mais à quel prix ? Une question qui mérite réflexion pour toute personne soucieuse de l’avenir (radieux) du continent noir.

Tout compte fait, le Covid-19 nous a bien appris une leçon majeure : nul n’est « invincible ». Il faut désormais miser sur le « cheval gagnant » (l’Humain ou le Vivant) et non sur le « cheval galopant » évoqué supra.  L’aiguillon majeure ou la plus-value (digne de ce nom) du monde, en sera l’Humain. Reconsidérons cet Être substantiel dans les relations internationales car, et il faut bien s’en rendre compte, notre survie en dépend grandement.

Les choses ne s’arrangent pas : une Afrique atteinte par le virus, une Amérique « déboussolée » et une Europe jonchée de cadavres, tel est le statut quo. Et l’ère post-corona dans tout ça ? A cette époque, tout porte à croire que le lien social sera ébranlé. La vie ne sera pas comme auparavant. L’on assistera probablement à des transformations de l’équilibre « NOUS-JE » (ELIAS, 1987). Décidemment le Covid-19 a gagné la bataille, celle qu’il menait, tout seul, contre les Hommes. Mais qu’en sera-t-il de la guerre ? A cette question que j’emprunte à Alassane Koringho SAGNA, dans son article intitulé « Coronavirus versus homo senegalensis ; la dialectique du maître et de l’esclave » que je vous conseille de lire, je puis réponds que l’espoir est permis, même si, je l’avoue, ce petit grain d’espoir qui loge dans les tréfonds de mon « moi » s’amenuise chaque jour. Bref nul ne dira trop de mal du Covid-19…

Par Moustapha Bamba DIOGO (MBD)*

Sociologue du travail et des organisations (UGB)

diogomoustapha@gmail.com

I.S

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5 Commentaires

  • Merci encore de nous avoir abreuvé de ta source intarissable de connaissances !
    Tu es d’une générosité intellectuelle sans commune mesure !
    Merci et bon courage !
    Rendez-vous au sommet!

  • Très belle réflexion. En lisant l’article j’ai surtout compris que tu ne te limites pas à donner ton point de vue. Tu as aussi lu les contributions de grands penseurs: Edgar Morin, Felwine Sarr…). Bravo!

  • Merci beaucoup frère
    Bonne continuation

    • Un article intéressant ! Je viens à peine de vous connaître mais j’ai appris et su beaucoup de choses grâce à vous.Je vous souhaite une bonne continuation notre ance.

  • Moi, je lis et j’apprends ! Merci mon grand. Je te souhaite une très bonne continuation 🙏

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