CRÉATION D’UN MILLION D’EMPLOIS AU SÉNÉGAL EN CINQ ANS : Ces niches à fort potentiel de croissance

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Pour créer un million d’emplois en cinq ans, conformément au vœu du président de la République, le directeur du Bureau de mise à niveau des entreprises (Bmn), Ibrahima Diouf, invite l’Etat à miser sur cinq secteurs majeurs : l’agro-alimentaire, l’économie numérique, l’industrie culturelle, l’économie sportive et les fonds de la diaspora.

L’agro-alimentaire, l’économie numérique, l’industrie culturelle, l’économie sportive et les fonds de la diaspora. Ce sont là des secteurs qui regorgent de beaucoup d’opportunités de création d’emplois, selon le directeur du Bureau de mise à niveau des entreprises (Bmn), Ibrahima Diouf. Citant la filière banane, il déclare que « plus on emblave d’espaces, plus on crée des emplois ». Il en est de même pour la filière anacarde sur toute la chaîne de valeur, c’est-à-dire de la collecte de la noix jusqu’à sa transformation et son exportation. M. Diouf estime qu’il faut « éviter d’exporter de l’emploi ; une pratique consistant à exporter de la matière première dont le produit fini nous reviendra à des prix insupportables ».
Autre niche d’emplois, l’économie numérique ou du savoir peut engendrer beaucoup d’emplois en termes de développement, de réseaux et de produits avec de nouveaux métiers liés au pétrole et au gaz qui vont apparaître dans les prochaines années. S’agissant de l’industrie culturelle, le directeur du Bureau de mise à niveau des entreprises souligne qu’Hollywood crée beaucoup plus de richesse et d’emplois que General Motors. Cela se manifeste, dit-il, à travers les séries télévisées qui se traduisent par une « irruption de nouveaux savoir-faire ». « La comédie musicale, artistique, procure aujourd’hui des revenus », dit-il. L’essor de la production télévisuelle permettra aux sociétés de production sénégalaise de vendre des séries « made in Sénégal » à travers le monde.

Créer de la richesseCRÉATION D’UN MILLION D’EMPLOIS AU SÉNÉGAL EN CINQ ANS : Ces niches à fort potentiel de croissance 1
Quant à l’économie de sport, elle peut générer beaucoup d’emplois par sa capacité à drainer des fonds vers des secteurs productifs. M. Diouf donne l’exemple de l’international sénégalais Sadio Mané, qui a construit un complexe éducatif d’un coût de 150 millions de FCfa à Bambaly, son village natal. « Si ces fonds sont bien gérés et orientés, ils peuvent créer énormément d’activités créatrices d’emplois », dit-il. La diaspora transfère au Sénégal 800 milliards de FCfa par an, une manne qui pourrait servir à financer des projets productifs dans les régions d’origine des émigrés.
Ces secteurs peuvent générer 100.000 emplois par an avec des schémas précis, soit 500.000 en cinq ans. Les 500.000 emplois restants peuvent provenir d’autres secteurs. Pour gagner la bataille de la croissance et de l’emploi, Ibrahima Diouf appelle l’Etat à réaliser d’importants investissements dans le secteur agricole à travers des aménagements hydro-agricoles et le développement d’une industrie de transformation des aliments de bétail. Investir dans ce secteur sur une durée de 5 à 10 ans n’est guère risqué, fait-il remarquer. Pour le mieux-être de la population et particulièrement de la jeunesse, l’Etat doit exploiter toutes les potentialités agricoles du pays et mettre l’accent sur les capacités du secteur privé « à créer de la croissance et à offrir de l’emploi ».
Souleymane Diam SY

Pétrole et gaz : un secteur fécond

Dans son ambition affichée et déclarée de créer un million d’emplois les cinq prochaines années, le gouvernement peut miser sur le secteur du pétrole et du gaz dont l’exploitation pourrait générer d’importants avantages économiques et créer des milliers d’emplois.

Les experts sont formels : l’exploitation judicieuse des ressources pétrolières et gazières peut contribuer fortement à résorber le taux de chômage qui, selon l’Ansd, était de 15 % en 2017. Pour ce faire, trois facteurs clés semblent indispensables : un dispositif rigoureux de transparence et de bonne gouvernance de ces ressources, une bonne politique de contenu local et enfin la formation des ressources humaines. A ce propos, l’Avis n° 2017-06 du Conseil économique, social et environnemental (Cese) de novembre 2017 sur les « Enjeux et opportunités d’une gestion durable des ressources naturelles, en particulier le gaz et le pétrole », cerne bien la problématique : « Il n’y a ni bénédiction, ni malédiction du pétrole, mais seulement des opportunités à saisir à travers un dispositif rigoureux de transparence et de bonne gouvernance assurant l’émergence économique et le bien-être social des générations. Pour ce faire, il s’agit de bien cerner, en vue de leur prise en compte, les enjeux et défis à relever pour optimiser l’apport de ces ressources à l’économie nationale et le relèvement du niveau des populations notamment ».
Parmi les recommandations fortes qui avaient été formulées dans ce rapport, il y a le recrutement prioritaire des compétences locales et le recensement des compétences sénégalaises dans les métiers du pétrole et du gaz établies au Sénégal ou à l’extérieur et surtout la formation adaptée aux métiers du secteur.

Mettre les bouchées doubles dans la formation
Birame Diouf, ancien haut cadre de Petrosen, n’en pense pas moins. Pour cet expert en industrie pétrolière, le secret pour faire profiter les Sénégalais des nombreux emplois durables liés au développement du secteur du pétrole reste la formation des ressources humaines pour toutes les catégories de jeunes, qu’ils soient diplômés ou non. « Il faut assurer la formation, rendre les gens opérationnels car c’est un milieu qui requiert des qualifications. Ainsi, au fur à mesure, les Sénégalais pourront se substituer aux étrangers qui travaillent pour les compagnies aussi bien dans les opérations pétrolières que dans certains services », dit-il. C’est là que la loi sur le contenu local est pertinente car elle fait obligation aux compagnies pétrolières et de services de définir un plan de contenu local national. Cela veut dire que les sociétés étrangères qui opèrent au Sénégal doivent privilégier les nationaux à compétence égale aussi bien dans la conduite des opérations que dans le management des opérations. « Il est bien possible d’arriver un jour jusqu’à 100 % de Sénégalais sur les plateformes pétrolières », indique M. Diouf.
La création de l’Institut national du pétrole et du gaz (Inpg) est une bonne idée, mais n’est pas suffisante, à ses yeux, pour intégrer le maximum de jeunes sur le marché de l’emploi lié au secteur du pétrole et du gaz. « C’est une école qui va former des ingénieurs à un nombre réduit. Il faut aussi mettre l’accent sur la formation des techniciens qui opéreront sur les plateformes pétrolières, dans les sociétés locales fournissant des services aux compagnies pétrolières. C’est dans ces petits métiers que se trouvent les niches d’emplois les plus prometteuses », insiste M. Diouf.
Chaudronniers, soudeurs, mécaniciens, restaurateurs, électriciens, service de nettoiement, voilà, entre autres profils qu’il y a lieu de développer. C’est à ce niveau qu’il y aura des recrutements de masse, renchérit le Pr Idrissa Bodian, expert pétrolier. Ces métiers sont plus accessibles, selon lui, les compagnies pétrolières préférant recruter une main-d’œuvre locale estimée moins chère qu’une expertise étrangère. « L’exploitation du pétrole et du gaz créera beaucoup d’emplois directs et indirects sur toute la chaîne allant de l’exploitation à la distribution en passant par le raffinage, le transport et autres, sans compter les sous-traitances, les compagnies de services, tout cela nécessite des recrutements. Déjà à présent, il faut former les bons profils », préconise-t-il.
Elhadji Ibrahima THIAM

THADDE ADIOUMA SECK, ENSEIGNANT EN GÉOPOLITIQUE PÉTROLIÈRE : «On dénombre généralement plus de 500 métiers dans le secteur»CRÉATION D’UN MILLION D’EMPLOIS AU SÉNÉGAL EN CINQ ANS : Ces niches à fort potentiel de croissance 2

Thaddé Adiouma Seck, enseignant en géopolitique pétrolière et chargé de Programme Industries extractives au Comité sénégalais des droits de l’Homme, estime qu’on dénombre dans le secteur pétrolier plus de 500 métiers. Cependant, avertit-il, ce secteur ne va pas beaucoup employer même si la chaîne de valeurs permettra de créer des emplois indirects.

Le débat autour des métiers du secteur pétrolier, de façon générale, occupe les Sénégalais depuis la découverte de ces ressources dans notre sous-sol. La problématique sur les opportunités d’emploi qui peuvent découler de leur exploitation est de plus en plus posée. Thaddé Adiouma Seck, chargé de Programme Industries extractives au Comité sénégalais des droits de l’Homme et enseignant en géopolitique pétrolière à l’Institut supérieur de formation en management de la distribution du pétrole et de l’automobile (Perform), note que le secteur pétrolier, de façon générale, couvre beaucoup de métiers. On dénombre plus de 500 métiers dans le secteur, précise-t-il. Toutefois, poursuit-il, la particularité est qu’au Sénégal, nous avons un secteur pétrolier très exigeant en matière de technologie et de technique « parce que nous avons un pétrole offshore qui se trouve en mer profonde et qui exige beaucoup de technique et de technologie ». Donc, pour certains postes à pourvoir dans le secteur, il faudra que les candidats soient bien formés.
De façon directe, le secteur pétrolier ne va pas beaucoup employer, contrairement à ce que les Sénégalais pensent, prévient l’enseignant. « Le dernier rapport de British petroleum (Bp) sur l’étude d’impact environnemental a estimé le nombre d’emplois sur la plateforme pétrolière entre 110 et 120, sans compter le personnel de soutien, c’est-à-dire ceux qui sont dans les villes, etc. De façon directe, le secteur pétrolier ne va pas trop employer », affirme Thaddé Adiouma Seck. Cependant, le secteur de l’aval pétrolier est pourvoyeur d’emplois, notamment avec la pétrochimie, dit-il. Au-delà des métiers techniques comme ceux d’ingénieur, de géophysicien, de géologue, d’ingénieur de réservoir, de spécialiste soudure en fond marin, d’autres métiers moins techniques existent dans le secteur, rassure M. Seck. Il s’agit des commerciaux, des spécialistes en raffinerie, en pétrochimie, etc. Il liste aussi les métiers de support avec les juristes spécialisés, les économistes, la sociologie, entre autres.
Pour la formation, le chargé de Programme Industries extractives au Comité sénégalais des droits de l’Homme pense qu’il n’y pas lieu de douter de la qualité des futurs diplômés à former dans les établissements d’enseignement supérieur du Sénégal. Cependant, constate M. Seck, beaucoup d’écoles s’intéressent à cette question et forment à tout-va sans une politique concertée de formation et parfois sans un plan de formation. « Le risque, c’est qu’on va intéresser et faire miroiter à ces jeunes que l’avenir, c’est le secteur pétrolier, alors qu’en réalité, l’avenir n’est pas seulement dans notre pétrole qui est juste une ressource additionnelle. La crainte majeure que nous avons, c’est qu’il y ait, à terme, une saturation du marché de l’offre de l’emploi dans le secteur pétrolier et que l’ensemble des jeunes formés ne puisse pas intégrer le marché du travail, ce qui peut être source de frustration et qui fera qu’ils vont grossir les rangs des chômeurs », déclare notre interlocuteur. M. Seck propose d’initier les jeunes à d’autres métiers comme ceux des énergies renouvelables car « on découvre de moins en moins de pétrole dans le monde ».

Une pléthore d’opportunités en aval

Le secteur pétrolier ne va pas recruter beaucoup mais indirectement, il peut permettre de recruter de nombreux jeunes, déclare l’ancien directeur général d’Oryx et actuel patron d’Elogen, Serigne Momar Dièye. Il évoque la distribution pétrolière comme un sous-secteur avec un potentiel de création d’emplois. Pour capter ces opportunités d’emploi, la formation est préconisée, car beaucoup parmi les travailleurs de ce secteur de la distribution n’en avaient pas. Avec la phase de développement enclenchée au Sénégal, M. Dièye souligne que le besoin en main-d’œuvre est déjà là pour les 40 sociétés sénégalaises qui sont dans le secteur. A l’en croire, il y aura un besoin de mécaniciens, de frigoristes, de techniciens à recruter. Au-delà des plateformes, la logistique à terre aura aussi besoin du secteur du transport, d’ouvriers spécialisés dans le domaine. La pétrochimie peut aussi engendrer beaucoup d’emplois et il serait intéressant de mettre en place un complexe de pétrochimie, selon l’ancien patron d’Oryx. « Il y a beaucoup d’emplois en aval et il ne faut pas se focaliser simplement sur l’amont car il n’y aura pas beaucoup d’emploi sur les plateformes », dit-il.

Oumar KANDE

SÉNÉGAL NUMÉRIQUE 2025 : Un potentiel de 35 000 emplois directs

Le secteur numérique devrait être l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois durant les cinq ans à venir, avec un potentiel de 35.000 emplois directs, d’après les prévisions de la Stratégie Sénégal numérique (Sn2025). Toutefois, il faut un certain nombre de conditions, d’après les acteurs du milieu.CRÉATION D’UN MILLION D’EMPLOIS AU SÉNÉGAL EN CINQ ANS : Ces niches à fort potentiel de croissance 3

« Start-up nation », « start-ups lions »… Les qualificatifs foisonnent pour décrire le souffle entrepreneurial qui s’est emparé des jeunes sénégalais, notamment dans le numérique. Mais, dans ce domaine, le Sénégal ressemble encore à « un chat, encore chétif, mais qui miaule beaucoup », à en croire Marième Diop, d’Orange digital ventures (Odv). Si cette remarque faite lors d’un panel organisé le 24 novembre dernier, à l’occasion des remises de financements aux jeunes « startuppers » par la Délégation générale à l’entreprenariat rapide (Der) à Diamniadio, semble sévère, elle a, au moins, le mérite de mesurer le chemin qui reste à parcourir. N’empêche, les ambitions sont là. La stratégie « Sénégal numérique 2025 » (Sn2025), qui sert de cadre de référence à l’Etat dans le numérique, vise à redonner un nouveau souffle à ce secteur, en apportant de nouveaux relais et sources de croissance aux acteurs et à porter la contribution du numérique au Pib à 10 % à l’horizon 2025 contre 5 % actuellement. Pour cela, Mme Diop préconise d’aller vers des secteurs plus innovants comme le blockchain (technologie consistant à stocker et à transmettre des informations, de façon transparente et sûre, sans recours à un organe central de contrôle), la nanotechnologie ou l’intelligence artificielle. Les projections prévoient une augmentation du Pib par effet d’entraînement des autres secteurs clés par le numérique, de l’ordre de 300 milliards de FCfa et la création de 35.000 emplois directs. Pour y arriver, il faut un certain nombre de préalables dont la lancinante question du financement.
Chargé par le gouvernement de réfléchir sur la faisabilité du Fonds de développement numérique (Fdn), afin de matérialiser la stratégie Sn2025, le cabinet Performances Group a évalué, dans une étude publiée en juillet dernier, à 100 milliards de FCfa les besoins de financement du secteur pour la période 2019-2023.

Startups : la vallée de la mort
L’essentiel de ce montant devrait provenir de la Contribution du secteur des télécommunications (Cst). « C’est l’option de financement la plus pertinente », soulignait Babacar Bâ, associé chez Performances Group, lors de la restitution de l’étude. L’objectif est de faire émerger 600 promoteurs de projets Tic viables et de financer 1.500 startups et 70 programmes de renforcement du capital humain sur cinq ans. D’après les prévisions, grâce à son effet de levier, le Fonds de développement numérique devrait générer 47,5 milliards de FCfa d’investissements, 166 milliards de chiffre d’affaires, 59 milliards de valeur ajoutée et 5.400 emplois dans le secteur du numérique en cinq ans. Pour l’instant, l’Etat a octroyé un milliard de FCfa à des startups, dans le cadre de la Délégation à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (Der/Fj, et promet de faire passer l’enveloppe à 3 milliards à partir de 2019. L’étude du cabinet Performances Group avait pointé l’extrême fragilité des jeunes startups. Entre l’idée de projet et la phase de maturité, en passant par l’amorçage et le développement, plus de 83 % d’entre-elles auront succombé dans la fameuse « vallée de la mort » faute de mécanismes de financement adéquats pour passer chaque étape. Pourtant, les besoins de financement sont souvent dérisoires, surtout au début. On estime à environ 10 millions de FCfa les besoins de financement pour la première phase (entre l’idée et le lancement du projet), entre 10 et 50 millions pour la phase amorçage et 50 millions pour la phase développement.

Le défi de l’accompagnement des startups

Réduction des délais de création d’une entreprise, un cadre réglementaire, un fonds de promotion à l’entreprenariat, implication des partenaires techniques financiers, des incubateurs… Indéniablement, des bases ont été posées pour l’éclosion d’un écosystème numérique. Le défi reste l’accompagnement. « L’environnement promeut la création d’entreprises, mais n’est pas favorable à leur évolution », constate Omar Cissé, fondateur d’InTouch. « Les startups rencontrent plusieurs difficultés dans leur phase d’éclosion qui est une période cruciale pour pouvoir croître stablement et atteindre les objectifs d’affaires », confirme Nestor Bianquinch, co-fondateur de Kranth Sarl, une startup spécialisée dans l’utilisation de drones pour améliorer les rendements agricoles.
Les charges fixes (salaires, fiscalité, loyer) pèsent souvent lourd pour les jeunes startups et réduisent les chances de survie. « Les bébés entreprises ont besoin d’un accompagnement pour les deux à quatre premières années afin qu’elles puissent sortir des phases critiques et devenir des champions dans leurs secteurs respectifs », estime Nestor Bianquinch.
Il préconise l’annulation des charges fiscales dans la phase de déploiement, allant jusqu’à deux ans au moins pour les entreprises débutantes et qui ont un financement réduit. D’un autre côté, il faut « rendre accessibles » les fonds de garantie et « faciliter aux startups l’accès aux marchés publics en sous-traitance ou entièrement selon le potentiel de la startup ».

« Un milliard de la Der, c’est bien, mais c’est insuffisant »
Concernant le financement de la Der (un milliard de FCfa aux jeunes entrepreneurs du numérique), Alioune Badara Mbengue, Ceo chez E-Novel, trouve prématuré de parler d’impact à ce stade. « On se leurrerait si on venait à penser qu’un milliard de FCfa a été injecté dans l’écosystème et les résultats seront immédiats », explique ce jeune entrepreneur qui avait remporté le premier prix au Hub Africa (Casablanca) en mai 2018 pour son invention d’une « poubelle qui parle ». D’après lui, une des règles d’or de l’entrepreneuriat est que le succès de toute entreprise se mesure sur le long terme. « Beaucoup de startups ont reçu des financements avant de s’écrouler (par exemple Boo.com qui a levé 135 millions de dollars, mais a failli au timing) tout comme d’autres se sont développés au fil des années sans jamais lever de gros fonds (GitHub) », rappelle-t-il.
Pour le second mandat de Macky Sall qui correspond à la deuxième phase du Pse, Nestor Bianquinch souhaite un meilleur cadre réglementaire, une baisse des prix de l’Internet et plus d’ouverture de l’Etat aux préoccupations des acteurs. Mais, au-delà du rôle de l’Etat, Alioune B. Mbengue rappelle cette règle d’or : « On ne peut pas parler de startup sans innovation ou avancée technologique ».
Seydou KA

SETH SALL, DIRECTEUR DE L’ECONOMIE NUMÉRIQUE : «Le numérique, un levier d’entraînement des autres secteurs»

Directeur de l’Economie numérique et du partenariat au ministère de la Communication, des télécommunications, des postes et de l’économie numérique, Seth Sall analyse, dans cet entretien, les opportunités d’emplois du secteur numérique. Il évoque aussi les contraintes qui pèsent sur l’environnement des startups et propose des pistes de solutions.CRÉATION D’UN MILLION D’EMPLOIS AU SÉNÉGAL EN CINQ ANS : Ces niches à fort potentiel de croissance 4

Macky Sall s’est engagé à créer un million d’emplois pendant son second mandat. Quelle peut être la contribution du secteur numérique ?
La contribution de l’économie numérique sera déterminante dans l’atteinte de cet objectif d’un million d’emplois. L’économie numérique est aujourd’hui érigée au rang de priorité avec une volonté politique affirmée par la haute autorité. Nous avons la chance d’avoir un président de la République qui a une pleine conscience des enjeux et opportunités qu’offre l’économie numérique. L’enjeu aujourd’hui pour le Sénégal est d’exploiter tout le potentiel dont regorge le digital pour booster la croissance économique et accélérer la création d’emplois.
Cette option est reflétée dans le Plan Sénégal émergent (Pse) qui positionne l’économie numérique comme un moteur de croissance et d’emplois, mais également comme un levier d’entraînement des autres secteurs de l’économie. C’est ce qui explique également l’initiative salutaire prise par le chef de l’Etat de faire de l’économie numérique un programme spécial pour son second mandat. Le potentiel du secteur de l’économie numérique en termes de création d’emplois n’est plus à démontrer. Ce potentiel est à situer à plusieurs niveaux. D’abord, l’économie numérique en tant que secteur d’activité est source d’emplois, de production, de distribution et de consommation de biens et services digitaux liés aux infrastructures, aux matériels et logiciels informatiques ainsi qu’au déploiement et à l’exploitation des réseaux de télécommunication. De même, l’économie numérique en tant que support et levier des autres secteurs d’activité est à l’origine d’une quantité considérable d’emplois liés à la numérisation des contenus et à la dématérialisation des procédures des secteurs de l’économie. Egalement l’économie numérique, en tant que facteur de transformation, n’a pas encore fini de générer de nouvelles modalités de création de richesse et donc de nouveaux types d’emplois liés au e-commerce, au marketing digital, aux services financiers digitaux, au e-learning, au e-santé, bref aux nouveaux métiers du web et du mobile. Enfin, l’économie numérique, considérée comme source d’innovation, offre des promesses énormes de création d’emplois liés à la fintech, aux métiers du Cloud, de l’intelligence artificielle, l’Internet des objets (Iot, en anglais), de la robotique et de la blockchain.

Quelle analyse faîtes-vous de l’environnement des startups au Sénégal ?
La startup a un rôle clé à jouer en tant qu’entreprise ayant un caractère innovant et disposant d’un important potentiel de croissance économique et de création d’emplois. L’analyse de l’écosystème des startups fait ressortir, d’une part, un fort taux de natalité des startups lié en partie au dynamisme du secteur du numérique et d’autre part, un taux élevé de mortalité occasionné par la traversée de la fameuse vallée de la mort. Cette situation peut s’expliquer par plusieurs raisons : les financements bancaires sont quasi-inaccessibles pour les startups compte tenu de leurs spécificités (pas d’actifs tangibles, structure de coûts différente…). Les fonds d’investissements privés sont encore anecdotiques au Sénégal, et les délais de financement sont longs. En dehors de la Der (Délégation générale à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes) et du futur Fonds du numérique, il n’existe pratiquement aucun fonds public pour appuyer les porteurs de projets aux premiers stades, où le niveau de risque est trop élevé pour attirer des investisseurs privés. Pour pallier ces contraintes, d’importantes initiatives sont en train d’être prises par le gouvernement pour garantir aux startups un environnement permettant de promouvoir le développement d’une culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat ; de faciliter la création et le développement d’entreprises innovantes ; de renforcer les capacités techniques et managériales des startups ; de renforcer l’écosystème du financement des startups ; de promouvoir un environnement incitatif pour les startups et pour les investissements dans le secteur du numérique. C’est dans cette optique que s’inscrivent des projets et initiatives majeures comme la création du Parc de technologie numérique de Diamniadio. On peut aussi citer d’autres initiatives comme la création prochaine d’un Fonds de développement du numérique ou l’organisation du Forum de Diamniadio, occasion pour le chef de l’Etat de rencontrer et d’échanger avec l’ensemble des startups sur leurs préoccupations et leurs contraintes et de prendre des mesures phares portant l’octroi d’un financement d’un milliard de FCfa pour l’année 2018, montant qui sera porté à trois milliards à partir de cette année. En outre, il faut signaler le démarrage, au ministère en charge de l’Economie numérique, d’un processus d’identification et de labellisation de toutes les startups ainsi qu’une consultation de tous les acteurs pour l’adoption d’une loi sur les startups.

Quelles sont les principales contraintes qui pèsent sur le secteur numérique et qu’est-ce qui est prévu pour les lever ?
Au Sénégal, l’une des contraintes majeures qui pèsent sur le secteur du numérique est liée à la gouvernance institutionnelle et stratégique du secteur. Le Sénégal, à l’instar de nombreux autres pays, possède une pléthore d’institutions publiques couvrant divers aspects de l’économie numérique – chacune avec ses obligations et prérogatives spécifiques qui, parfois, se chevauchent – sans pour autant avoir établi un leadership clair en matière de pilotage stratégique. Face à cette complexité institutionnelle, le gouvernement du Sénégal a posé comme pré-requis de la Stratégie Sn2025 la réforme du cadre juridique et institutionnel et a engagé une consultation des acteurs dont les résultats permettront de proposer un cadre potentiel de gouvernance institutionnel inspiré des modèles développés dans certains pays cités comme références dans le numérique. Le cadre proposé permettra d’assurer un alignement institutionnel des rôles et des responsabilités des divers organismes en rationalisant leurs liens hiérarchiques et en évitant les chevauchements de mandat et les ambiguïtés.

Sur quels leviers l’Etat doit-il agir pour faire du Sénégal une véritable « startup nation » ?
Pour faire du Sénégal une véritable « startup nation », l’Etat doit sensibiliser la population sur les enjeux liés aux nouvelles technologies et l’entrepreneuriat numérique. Il doit aussi renforcer la formation dans le secteur (codage, blockchain, robotique, intelligence artificielle, etc.) et favoriser l’émergence d’une classe d’entrepreneurs Tic. Il faut aussi renforcer les synergies du dispositif national d’incubation et le dispositif d’appui aux startups et les capacités techniques et managériales des entrepreneurs, dirigeants et salariés de startup à tous les stades de développement. Enfin, on doit combler le gap de financement des startups de la phase d’idée jusqu’au stade de développement. Il faut aussi stimuler l’écosystème de leur financement à travers le cofinancement et l’amplification des « deal flows » (flux d’affaires) et promouvoir la mise en place d’infrastructures de connectivité compétitives (qualité et coût) sur l’ensemble du territoire, promouvoir un cadre réglementaire et fiscal véritablement incitatif, et promouvoir des partenariats avec les bailleurs de fonds pour développer l’écosystème du numérique au Sénégal.

Le cabinet Performances Group avait évalué, dans une étude publiée en juillet dernier, à 100 milliards de FCfa les besoins de financement du secteur pour la période 2019-2023. Quelles sont les initiatives prises par l’Etat depuis lors pour mobiliser ce montant ?
L’étude en question a permis de déterminer le budget du Fonds, de proposer une stratégie de financement, d’identifier le modèle institutionnel et organisationnel optimal et d’élaborer la feuille de route pour le lancement du Fonds. Une évaluation des impacts attendus a également été menée, montrant que pour une enveloppe de 100 milliards de FCfa sur cinq ans (investissement et frais de fonctionnement), le Fonds permettrait d’attirer jusqu’à 47,5 milliards de FCfa du secteur privé dans l’écosystème du numérique ; de dégager 166 milliards de FCfa de chiffres d’affaires par les entreprises bénéficiaires des fonds ; de dégager 59 milliards de FCfa de valeur ajoutée dans l’économie nationale ; de créer 5.400 emplois sur l’ensemble du territoire et de générer 58,1 milliards de FCfa de recettes fiscales pour l’Etat. Ce Fonds sera entièrement financé sur fonds public.
Propos recueillis par Seydou KA

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