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Les avocats de femmes djihadistes et leurs enfants ont déposé plainte contre le ministre des affaires étrangères devant la Cour de justice de la République.

Par Allan Kaval Publié aujourd’hui à 03h35

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Des familles de membres supposés de l’organisation Etat islamique, au camp d’Al-Hol en Syrie, le 17 février.
Des familles de membres supposés de l’organisation Etat islamique, au camp d’Al-Hol en Syrie, le 17 février. BULENT KILIC / AFP

Les Lopez ont attendu tout l’été. « Nous pensions qu’ils allaient finalement les rapatrier, qu’ils ne les laisseraient pas sous la tente pendant les mois les plus chauds de l’année, dans ces conditions infâmes », se désole Mme Lopez dans le salon de leur appartement parisien. La belle-fille du couple de sexagénaires, qui a rejoint l’organisation Etat islamique (EI) avec son époux en 2015, est retenue depuis plus d’un an dans le camp de Roj, dans le nord-est de la Syrie, avec ses quatre fils âgés de 9 ans à 10 mois.

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En juin, les Lopez, que Le Monde avait suivis dans leur périple, s’étaient rendus sur place dans l’espoir de les voir. Ils n’auront pu obtenir qu’un moment volé de quelques secondes, quelques mots échangés et un baiser donné à travers le grillage métallique du camp, sous contrôle des forces kurdes. Ils estiment que les autorités françaises, avec lesquelles ces dernières sont en lien étroit, ont empêché la rencontre et sont responsables du calvaire de leurs petits-enfants.

Jeudi 12 septembre, ils ont décidé de déposer plainte pour omission de porter secours contre le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devant la Cour de justice de la République (CJR), compétente pour juger les ministres.

« On a vu dans quelles situations ils se trouvent, ce n’est pas humain, le gouvernement français les laisse pourrir là-bas », dénonce M. Lopez, qui parvient à obtenir des nouvelles régulières de sa belle-fille. La veille, le couple a appris la mort d’un enfant tunisien, victime d’une crise d’asthme, que les soignants du camp n’ont pas pu traiter. La semaine précédente, un de leurs petits-fils a subi une grave crise de dysenterie soignée avec les moyens du bord et dont ils estiment qu’elle aurait pu le tuer. « Cette plainte, c’est un appel au secours pour les enfants et, surtout, une réponse à l’obstination du gouvernement de maintenir ces mineurs dans ce qui est maintenant un camp de prisonniers pour enfants », explique M. Lopez.

« On se heurte à un mur »

Depuis l’arrivée de leur belle-fille et de leurs petits-enfants au camp, les Lopez ont eu des contacts réguliers avec l’administration française, sans qu’on leur formule jamais avec clarté la position de Paris à l’égard de la situation des mineurs français retenus en Syrie et de leurs mères. « On se heurte à un mur depuis un an et demi quand on s’adresse aux autorités. On ne comprend vraiment pas ce qu’ils veulent faire de ces enfants qui sont perdus au milieu de nulle part, sans éducation, sans soins suffisants, sans sécurité », explique Mme Lopez.