Didier Raoult, l’Africain

 Didier Raoult, l’Africain

L’incroyable popularité du professeur Raoult sur le continent africain contraste avec le scepticisme, voire le mépris, avec lequel les milieux universitaires français accueillent ses travaux sur le coronavirus. Un portrait signé Michel Galy.

Inconnu il y a quelques mois hors d’un milieu restreint de spécialistes, le professeur Raoult a construit sa renommée à coup d’éclats médiatiques, mais aussi à partir d’une relation très personnelle à l’Afrique- confortée par son action spectaculaire à l’occasion de l’ épidémie en cours du coronavirus.

Didier Raoult, une enfance à Dakar

Fort longtemps avant la renommée internationale de l’épidémiologiste de Marseille , le petit Denis Raoult est effectivement né à Dakar en 1952. Son père, chercheur lui aussi, est médecin militaire d’origine bretonne ; il fonde au Sénégal l’Orana, l’Office de recherche sur alimentation et la nutrition africaine. Sa mère infirmière , son grand père, Paul Legendre infectiologue, forment un environnement qui pour le moins le familiarise avec l’univers de la recherche médicale , et qui peut être l’y prédestine.

Sevré d’Afrique à 9 ans , le jeune Didier se rapatrie comme on disait alors « en métropole », mais en sera marqué, regrettera cette enfance (il dira ses souvenirs inoubliables de l’Anse Bernard à Dakar)– ces seuls paradis perdus disait Borges, et n’aura de cesse que de renouer avec le continent en général, et le Sénégal en particulier.« Étant partiellement sénégalais, je ne peux pas ne pas me sentir concerné par ce qui se passe en Afrique » , dira t il à la presse de Dakar le 7 Avril.

Une collaboration plus internationale que parisienne

Et pour cause. Après une jeunesse tumultueuse si ce n’est aventureuse, le jeune Didier a passé deux ans sur les bateaux à courir les mers avant son bac!), Didier Raoult, plutôt littéraire dans l’âme, fait des études de médecine et une brillante carrière à Marseille, avec une reconnaissance plus internationale que parisienne.

C’est il y a une douzaine d’année seulement que ce grand ponte de l’épidémiologie renoue avec l’Afrique, via une collaboration tout azimut avec les chercheurs de Dakar.

On passera au lecteur les détails des virus découverts par les équipes franco -africaines du professeur Raoult au Sénégal. Rappelons toutefois ses recherches sur le paludisme, la malnutrition, la rickettsiose ( sa grande spécialité, les rickettsies , bactéries pathogènes quil a réussi à cultiver et étudier à Marseille ; et à prouver que ces bactéries peuvent être transmises par les puces et les moustiques.).

Ses équipes travaillent depuis longtemps au Sénégal sur des formes moins virulentes de coronavirus, et ce mixte de recherche fondamentale et de recherche appliquée a permis notamment de réduire des maladies chroniques en milieu rural, comme les affections respiratoires

Cette recherche appliquée dans deux villages sénégalais, assez éloignés de Dakar pour vivre encore à l’ ancienne, a pourtant permis à son équipe de mener des recherches de pointe, de proposer des stratégies thérapeutiques de pointe. Et aussi d ‘apporter un certain bien être : Raoult se souvient, ému, du jour où ils ont apporté l’électricité aux villages et comment plus tard des moulins artisanaux ont allégé les peines de hommes et surtout des femmes….

La chloroquine, un traitement à l’africaine

Peu importe pour la plupart des citoyens et surtout internautes africains que cette généalogie fort sympathique du docteur Raoult ! D’ailleurs connue pour la plupart d’entre eux fin Mars, cette partie africaine de sa biographie se surajoute en fait à un choix médical rassurant pour beaucoup : la promotion constante de la chloroquine ( déclinée surtout sous son appellation commerciale des laboratoires Sanofi en Plaquenil) comme traitement du Covid19.

Certains pays africains ont adopté systématiquement cette thérapie, il faut le rappeler intéressante dans les débuts de la maladie et non dans ses stades très avancés – où le manque de respirateurs et de lits spécialisés se fait cruellement sentir sur l’ensemble du contient.

Ainsi au Sénégal, le docteur Moussa Seydi, infectiologue au centre des maladies infectieuses de l’hôpital Fann à Dakar ne connaît pas personnellement le professeur Didier Raoult, mais ayant adopté son traitement , il s ‘en trouve fort bien:seulement 545 cas le 24 avril , pour seulement 6 décès .

Cette « médecine de guerre », comme l’appelle Raoult et ses disciples, est associée à un dépistage systématique, l’isolement des cas positifs, la fermeture des frontières et une gamme de mesures allant du couvre feu confinement selon les pays.

Alors « fin de partie pour le covid 19 » en Afrique, selon le titre choc de la première vidéo qui a fait connaître du grand public le professeur Raoult, au delà des frontières françaises  ? Lui même s’interroge sur la pyramide des ages en Afrique( l’extrême jeunesse de sa population), le caractère peut être saisonnier de la maladie, la protection par le BCG et les produits à base de nivaquine : tous facteurs susceptibles d’expliquer le caractère pour le moment très atténué de l’épidémie sur le contient africain.

La nivaquine, tous en ont ingéré en effet dans les générations précédentes sur la durée ,sous diverses formes et sans grands effets secondaires. Et les anthropologues de la santé ont bien montre l’accoutumance à l’amertume de divers traitements traditionnels- et bien avant le « tambavy » ou « covid organic » du président Andry Rajoelina de Madagascar, de traitements traditionnels par les plantes à base de quinine ou de principes actifs renforçant les défenses immunitaires de l’organisme. C’est dans ce cadre anthropologique aussi que s’inscrit le traitement proposé par le professeur Raoult, et comme on dit maintenant , son « acceptabilité »- contrairement au vaccin à venir.

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