Gouverner par ordonnance et les risques d’une ordonnance pour le peuple: Par Ousmane Seck.

 Gouverner par ordonnance et les risques d’une ordonnance pour le peuple: Par Ousmane Seck.

 Macky vs Sonko, les prémices d’un divorce. L’habitude est souveraine, cette assertion semble être vraie vu la situation qui prévaut au Sénégal dans ce contexte de la pandémie du Covid-19. Le réveil fut brutal pour beaucoup de sénégalais qui, il y’a de cela juste trois jours, avaient tari d’éloges le président Macky Sall et les pourfendeurs de l’opposition qui étaient parvenus à digérer toutes querelles politiques pour faire front commun contre un ennemi invisible et nuisible notamment le Covid-19 et malgré un passé caractérisé par une haine viscérale. En effet, s’il y’a des opposants qui se sont tus sur la question portant habilitation du président de peur d’être taxés de vampire politique où d’être traités de tous les péchés d’Israël, Ousmane Sonko s’est fait distinguer encore sur le podium des opposants en se voulant le parfait dépositaire de la constance dans la défense d’idées salvatrices.

   Loi d’habilitation ou aliénation?

 Même s’il n’est pas préférable dans un pareil contexte de peur générale d’installer des débats qui ont vocation à divertir le sénégalais au fin fond de mon village natal, il est d’une importance capitale de faire un diagnostic sur les positions des uns et des autres. Ainsi l’on se pose ces questions: pourquoi Ousmane Sonko, Thierno Bocoum et Moustapha Diakhaté ont pris le contre pied de Macky Sall? Ne saviez-vous pas qu’ils étaient tous d’accord sur le principe d’habilitation du président? Qu’est-ce qui peut justifier un tel sursaut? l’ouragan coronavirus doit-il cacher un mal rampant?

 Dans l’état d’urgence dans lequel nous sommes, l’article 77 de la constitution dispose que le président de la république peut être habilité par l’assemblée nationale à gouverner par ordonnance en vue d’exécution rapide des mesures. C’est à dire, le président peut prendre des mesures qui sont du domaine de la loi. Cependant, il faut préciser que cette ordonnance de gouvernance doit être encadrée car nous ne sommes pas dans une situation exceptionnelle.

 Or, quand l’article dans l’amendement stipule que:” le président de la république est habilité à prendre des décisions de tous ordres notamment économique, budgétaire, sécuritaire, financière, juridique et sanitaire”, le président semble être en terrain conquis où il peut se glisser durant les trois mois qui suivent sans risque de se fracturer le pied. Dans cet article, je me demande quels sont les éléments qui ont un rapport avec la situation actuelle. A vous de juger. Par ailleurs, dans le principe, le président soucieux du respect de la constitution avait saisi l’assemblée nationale mais il y’a avait anguille sous roche “tous ordres”.

Le chat échaudé craint l’eau froide car si ce n’était pas à cause du Covid-19, la brûlante question sur le troisième mandat survivrait à l’épreuve du temps. Par conséquent, en politique, notamment en démocratie, la contradiction y joue un rôle primordial. Elle est la sève nourricière qui donne à la démocratie sa vitalité. En d’autres termes, la peur et le discours populiste sont les deux ennemis de la démocratie qui peuvent nous catapulter dans une myopie intellectuelle nous empêchant de voir la réalité. Si toutes les personnes étaient moulues de la même sorte, le monde n’aurait pas eu sa raison d’exister.

En définitive, quel que soit la peur qui nous fragilise et les soucis de bien vouloir coopérer, il est toujours intéressant d’avoir des gens aux aguets pour prévenir d’une quelconque “hitlérisation”. L’ouragan Covid-19 ne doit en aucun cas cacher le mal rampant car on ne digère pas de problèmes pour se régaler d’autres.

Ousmane Seck Professeur d’Anglais au CEM Poste Keur Ayib, Chroniqueur.

I.S

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