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KHALID ABDELGADIR SHUKRI, AMBASSADEUR DU SOUDAN AU SENEGAL : «Nous pensons que le Soudan va retrouver sa place sur la scène internationale»

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La situation politique intérieure, la coopération bilatérale avec le Sénégal… Autant de questions abordées par l’ambassadeur du Soudan au Sénégal, Khalid Abdelgadir Shukri, lors de sa visite de courtoisie au Soleil. Après des années de pouvoir du président Omar el-Béchir, le Soudan a tourné cette page politique pour ouvrir une autre. Aujourd’hui qu’un accord est trouvé, le Soudan entrevoit l’avenir avec optimisme.

Après le départ du président Omar el-Béchir, un accord a été trouvé avec les militaires et la société civile pour conduire les destinées du Soudan. Comment trouvez-vous cet accord ?
Cet accord est important et historique. Il est le point de départ pour trouver des solutions aux difficultés que traverse le peuple soudanais. Le Conseil militaire n’était pas d’accord avec la société civile sur beaucoup de sujets. Mais cet accord a permis de surmonter ces divergences et de s’entendre sur les organes qui doivent gouverner le Soudan pendant la transition. C’est un accord complet qui a couvert tous les aspects de la période de transition.

Est-ce que cet accord a pu fixer la date de l’élection présidentielle et des autres élections ?
L’accord a fixé la période de la transition qui dure trois ans et trois mois. C’est grâce à cet accord qu’on a mis en place un Conseil souverain qui regroupe des militaires et des membres de la société civile : 5 militaires et 6 civils. Donc le Conseil souverain est plus civil que militaire. Pour la première moitié de la période de transition, ce conseil sera dirigé par Abdel Fatah Al Burhan qui est un militaire. Il sera présidé par un civil pour la deuxième moitié de la transition.

Avec ce Conseil souverain, le Soudan peut-il réussir sa transition ?
Bien sûr. Quand ce Conseil souverain est mis en place, certains croyaient qu’il s’agit d’un conseil militaire alors que c’est un conseil souverain.

Vous disiez que le Sénégal a salué cet accord entre les militaires et les civils. Comment appréciez-vous cette position du Dakar ?
C’est une bonne position. Nous sommes satisfaits du Sénégal. Nous le félicitons. Le Sénégal a toujours soutenu le Soudan. Mieux encore, le Sénégal a publié un communiqué pour saluer l’avènement de cet accord historique du 18 août 2019.

Quelle sera la place de votre pays sur la scène internationale avec cette transition ?
Tous les acteurs internationaux ont salué cet accord. Le peuple soudanais est maintenant prêt pour la démocratie. Avec l’ancien président Omar el-Béchir qui était sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale (Cpi), beaucoup de pays, surtout les puissances occidentales, avaient isolé le Soudan. Nous pensons que le Soudan va retrouver sa place sur la scène internationale.

Parlant de l’avenir du Président Omar el-Béchir, quelle sera son sort ?
Jusqu’à présent, le Conseil souverain n’a pas encore décidé de ce qu’il va faire concernant une éventuelle extradition de l’ancien président Omar el-Béchir à la Haye. Cependant, il faut préciser que les autorités soudanaises compétentes ont commencé à juger Omar el-Béchir sur les accusations financières concernant sa gestion. Son procès est en cours pour corruption financière.

Après les manifestations, comment se passe la vie au Soudan ?
La situation est revenue à la normale. Les Soudanais et les étrangers vivent en paix. La vie reprend son cours normal et le calme est revenu.

Le Soudan connaît des crises politiques récurrentes, comment vous l’expliquez ?
Cette crise est due à un soulèvement populaire. Ce n’était pas la première fois, mais c’est la troisième fois qu’on a vécu un soulèvement. Le premier remonte en 1964. Le deuxième en 1984-1985. Et le dernier l’année dernière. Le peuple soudanais est habitué à ces genres d’événements. C’est le troisième soulèvement qui a abouti à la chute d’un président. Mais on espère que le Soudan va adopter maintenant la démocratie, la liberté de la presse, la liberté d’opinion et la justice, etc., conformément à l’aspiration du peuple soudanais. Il s’agit d’une demande sociale.

Sous le règne du président Oumar el-Béchir, le Soudan s’est tourné vers les pays arabes (les Emirats Arabes unis, l’Arabie Saoudite). Est-ce qu’avec l’avènement du nouveau régime, allez-vous élargir cette coopération ?
Nous allons consolider nos relations avec les pays arabes, avec les pays africains, avec les puissances internationales. Sous le régime déchu, nos relations avec les autres pays du monde s’étaient limitées à l’Afrique et au monde arabe. Nous espérons que nous allons élargir ces rapports à tous les pays du monde, aux Etats-Unis, aux pays européens, à la Russie, aux puissances occidentales d’une manière générale.

Cette partie de l’Afrique où se trouve votre pays est toujours en proie à des conflits. Comment appréhendez-vous ces tensions autour de vous ?
Le Soudan n’a jamais été en conflit avec ses voisins. Nous entretenons d’excellents rapports avec le Tchad, avec nos voisins. Par contre, le Soudan a joué un grand rôle pour réconcilier les peuples de la Centrafrique. Un accord a été signé entre les différents protagonistes à Khartoum. Le Soudan a joué un rôle considérable entre les parties prenantes au conflit centrafricain pour le retour de la paix dans ce pays. Le rôle du Soudan a toujours été apprécié par ses voisins pour l’apaisement des conflits.

Quels sont les rapports que vous entretenez avec votre voisin le Soudan du Sud ?
Nous avons de bonnes relations avec ce pays. L’accord trouvé à Juba (Soudan du Sud) depuis quelques années a permis de consolider nos relations.

Le Sénégal et le Soudan entretiennent des relations. Comment appréciez-vous la coopération entre les deux pays ?
Les relations entre les deux pays remontent à un passé lointain. A l’époque, les Sénégalais, quand ils devaient se rendre à la Mecque pour le pèlerinage, traversaient le Soudan. Après le pèlerinage, ils passaient par le Soudan. Avec ce parcours, beaucoup de Sénégalais sont restés au Soudan et sont devenus des Soudanais d’origine sénégalaise. Nous avons aussi au Soudan beaucoup de compatriotes qui ont adopté la confrérie de la Tidjania. Beaucoup de Soudanais viennent au Sénégal pour faire leur pèlerinage auprès du Khalife général des Niassènes à Kaolack (Médina Baye). Il y a de fortes relations culturelles entre le Sénégal et le Soudan depuis longtemps, surtout en ce qui concerne la religion, le soufisme, etc. Ensuite, pendant la crise du Darfour, le Sénégal a contribué avec ses militaires à l’opération de maintien de la paix. Il y a des militaires sénégalais qui sont morts pour le retour et l’établissement de la paix au Soudan. Nous n’oublions pas ce sacrifice des militaires sénégalais. En ce qui concerne les relations culturelles, beaucoup de Sénégalais ont étudié et obtenu leurs diplômes à la célèbre Université internationale d’Afrique du Soudan. Ces derniers sont devenus des cadres et travaillent dans l’administration sénégalaise, notamment au ministère des Affaires étrangères, mais aussi comme des professeurs d’arabe. Mon ambition, c’est d’augmenter le nombre de bourses accordées aux étudiants sénégalais par l’Université internationale d’Afrique du Soudan.

Peut-on s’attendre à une augmentation du nombre d’étudiants sénégalais au Soudan ?
C’est sûr. Il y a 3 à 4 ans, le nombre de bourses accordées au Sénégal tournait autour de 10. Maintenant cela va passer à 100 cette année. On a 100 bourses à accorder aux étudiants sénégalais pour cette année 2019-2020. Je demande à tous les nouveaux bacheliers sénégalais qui veulent étudier au Soudan de postuler en déposant leurs dossiers de candidature à l’ambassade du Soudan au Sénégal au courant du mois de septembre. L’année académique au Soudan commence à fin septembre.

Quel est le volume des échanges commerciaux entre le Soudan et le Sénégal ?
Nous avons un opérateur de télécommunication soudanais présent au Sénégal depuis une dizaine d’années. Il est le seul opérateur africain de télécommunication qui a préféré s’installer au Sénégal. Il y a donc des échanges entre les deux pays dans le domaine de la communication. Mais nous espérons que dans l’avenir, cette coopération va intégrer d’autres domaines économiques.

Cette coopération bilatérale est-elle appelée à se renforcer au plan commercial ?
Nous l’espérons bien. Le dynamisme de la coopération entre nos deux pays se manifeste aux plans régional et international. Les relations entre le Soudan et le Soudan sont exemplaires. Si le Soudan postule à un poste au plan international, il a toujours bénéficié du soutien du Sénégal et vice versa. Ce qui atteste de l’exemplarité de la coopération diplomatique entre nos deux pays au plan international. Les relations entre le Soudan et le Sénégal vont se renforcer et toucher tous les domaines économique, culturel, etc.

Combien de Soudanais vivent au Sénégal. Ils interviennent dans quels secteurs d’activités ?
Les Soudanais vivant au Sénégal ne sont pas nombreux. Ils sont une dizaine. L’essentiel travaille à la compagnie de télécommunication d’origine soudanaise. D’autres sont des privés et sont venus avec leurs projets pour investir au Sénégal. Il y a des Soudanaises qui ont épousé des Sénégalais qui étudiaient à Khartoum. Elles sont rentrées au Sénégal avec leur mari.

Est-ce que les Sénégalais qui poursuivent leurs études au Soudan parviennent à s’insérer dans le tissu socio-économique de votre pays ?
Les Sénégalais vivant au Soudan se sont regroupés autour d’une association des Sénégalais du Soudan. Ils produisent un magazine en arabe. Nous aimons le Sénégal qui est un pays démocratique depuis longtemps. C’est une grande démocratie. C’est un modèle de démocratie en Afrique. C’est un excellent exemple de coexistence pacifique entre les ethnies et les religions. C’est un pays de paix, de transparence et de bonne gouvernance.

Propos recueillis par Oumar NDIAYE, Oumar KANDE, Souleymane Diam SY (texte) et Ndèye Seyni SAMB (Photo)

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