L’ÉLOGE DES THÉORIES FACILES : Par Elhadji Ibrahima THIAM

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Rideaux sur la 32ème Coupe d’Afrique des nations. Comme en 2002, le Sénégal devra encore attendre deux ans pour espérer enfin soulever le trophée. Sitôt la déception consommée, les commentaires sur les raisons de cette énième désillusion ont enflammé les réseaux sociaux. Chacun y a mis son grain de sel. Et comme d’habitude, dans ce royaume de la parole libérée, on peut tomber sur des analyses qui font sens. Malheureusement aussi, il arrive qu’on lise de ces inepties qui laissent pantois. En effet, quelques esprits tordus, adeptes de théories ronflantes et des analyses tortueuses, ont imputé la défaite de l’équipe nationale du Sénégal à notre…hymne national. Défense de rire ! Quelques perles lues sur Facebook : «Comparez ça avec vos Koras et Balafons, vous verrez où se trouve l’erreur», écrit cet internaute en mettant côte à côte l’hymne du Sénégal et celui de l’Algérie ; «un extrait de l’hymne national de l’Algérie ; avec ces mots forts, ils sont tous soldats dans leurs domaines de compétence. Et voilà, contre toute attente, ils montent sur le toit de l’Afrique… leur sacre a déjà une explication», s’exclame un autre ; «la problématique de l’hymne national du Sénégal devra être posée. Ça n’a rien de sénégalais, ni les sonorités, ni les paroles», ose un troisième.
Pour faire simple, les auteurs de ces lignes et ceux qui pensent comme eux estiment que l’hymne national du Sénégal n’est pas assez pénétrant, que les paroles ne sont pas de celles qui galvanisent, qui revigorent, qui fouettent le patriotisme, qui transforment le peureux en preux. Tout le contraire de l’hymne algérien ! Autrement dit, ces détracteurs soutiennent que notre hymne national ne leur parle pas parce que les mots ne sont pas du lexique guerrier, qu’on n’y parle pas de révolution, de sang versé, de tuerie, de violence ! Cette analyse dénote d’une certaine inculture. En réalité, ces gens-là ne saisissent ni la portée, encore moins le sens du «Lion rouge» qu’ils se permettent de flétrir sur les réseaux sociaux. Adeptes des conciliabules stériles avec une inclination poussée pour les slogans faciles, prêts à railler, à caricaturer et à insulter même nos symboles, ces colporteurs de douces rêveries se gavent et s’engraissent de l’actualité d’où ils cherchent la petite bête qui ferait polémique. Certains parmi eux se font appeler «activistes», militants patentés du table-rase et de la terre brûlée.
Faut-il leur rappeler que l’hymne de chaque pays est lié à son histoire ? L’Algérie a arraché son indépendance après une guerre de libération de huit années (1954-1962), d’où le vocabulaire martial de son hymne national. La Marseillaise, hymne national de la France, est du même registre. Ce chant révolutionnaire est né avec la révolution française de 1789. L’Angleterre chante la gloire de son monarque selon qu’il soit Roi ou Reine. Celui du Sénégal est né dans un contexte bien différent. Notre pays a négocié son indépendance, notre hymne évoque donc tout naturellement le thème de la joie née de l’accession à la souveraineté internationale, de la fraternité, de l’union par le dépassement des diversités régionales, mais aussi le thème de «l’enracinement dans nos valeurs et de l’ouverture aux autres et à la modernité, celui de notre gloire passée évoquée moins pour alimenter un nationalisme ombrageux que pour servir un idéal de générosité, de paix, de travail, de dialogue, d’unité et de fraternité africaines sans discrimination de races ou de langues, avant de se terminer par une proclamation : le serment de défendre la Patrie dans l’union et la détermination, voire jusqu’à la mort devant tous les dangers menaçant son indépendance, sa prospérité, sa sécurité».
Ces thèmes sont tout aussi importants dans la vie d’une nation que l’exaltation d’un passé belliqueux. Et puis, pour en revenir au football, depuis quand les paroles d’un hymne national font-elles gagner une équipe? L’Espagne est double championne d’Europe et championne du monde en 2010. Et pourtant son hymne national ne comporte aucune parole. Il est tout en symphonie. Ensuite, si l’hymne était aussi déterminant que cela dans les conquêtes sportives d’un pays, pourquoi l’Algérie n’avait rien remporté depuis 1990 ?

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