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ROBERT MUGABE ET L’OCCIDENT : De l’idylle au divorce

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L’ancien Président du Zimbabwe, Robert Mugabe, dit Bob, a tiré sa révérence hier. Il aura dirigé son pays durant 37 ans (1980-2017). Même s’il a été contraint de démissionner, il avait bien dirigé, pendant 20 ans, son pays, au point d’être un «chouchou» de l’Occident. Mais l’idylle n’a pas longtemps duré.

De l’idylle au divorce. Telles pouvaient être qualifiées les relations, durant une vingtaine d’années, entre Robert Mugabe et l’Occident. Affectueusement appelé le «Commandant», Robert Mugabe, dès son arrivée au pouvoir, en bon panafricaniste, a mené une politique de réconciliation qui lui a valu des éloges, notamment de l’Occident. L’on se rappelle sa fameuse phrase : «Vous étiez des ennemis hier, vous êtes maintenant des amis». Traduisant ces mots en acte, il a confié des postes ministériels à des Blancs et autorisé l’ancien Premier ministre, Ian Smith, à rester au pays. Le pays se développa rapidement et il fut qualifié de dirigeant «modèle» surtout par l’Occident qui, même lorsque Mugabe envoya, en 1982, l’armée mater les gens de la province dissidente de Matabeleland, dans le sud-ouest, terre de Ndebele et de son ancien allié de guerre, Joshua Nkomo, ferma les yeux. D’après certaines statistiques, la répression aurait fait 20.000 morts. Qu’à cela ne tienne. Tant que les intérêts des blancs sont préservés dans le pays, tout va bien aux yeux de l’Occident. Mais vite, Bob retourna sa veste. Dès avril 2000, sous la pression des vétérans et de la population noire, Mugabe initia une réforme agraire. Les terres des blancs assimilés à des colons ayant soutenu la politique d’Ian Smith sont confisquées sans dédommagement et redistribuées aux Noirs, des fermiers blancs comme des noirs furent tués. Cette politique fut largement condamnée par l’Occident, pendant qu’en Afrique, Bob apparaît comme un libérateur, un véritable justicier. Car, dans ce pays, depuis le 19e siècle, les blancs se sont emparés des terres. En fait, l’appropriation des terres par le régime colonial, au détriment des autochtones, a commencé dès l’époque de la «British South Africa Company», à la fin du 19e siècle, et s’est intensifiée quand le nombre de colons blancs s’est accru à partir de la première guerre mondiale. Elle s’est institutionnalisée avec le «Land Apportionment Act» de 1930 et ses moutures successives (1941, 1951, 1969), qui ont divisé le territoire en trois catégories : domaine de l’Etat, terres réservées aux colons blancs (fermes commerciales) et terres abandonnées aux paysans noirs (anciennes réserves tribales rebaptisées zones communales à l’époque de l’indépendance).

Réforme agraire, démocratie, les griefs de l’occident
Chaque renforcement de la législation au profit des colons s’est traduit par la dépossession des noirs et leur déplacement forcé vers les réserves tribales. Les blancs se sont taillé la part du lion. Au moment de l’indépendance, un blanc de Rhodésie disposait, en moyenne, de 100 fois plus de terre qu’un noir aux sols plus riches et mieux arrosés. En 1980, les fermes commerciales représentaient 39 % du sol du pays contre 42 % aux zones communales.
Le reste se divisait en zone urbaine et terres gérées directement par l’Etat (parcs naturels, forêts domaniales), soit 15 %, et petites propriétés privées de la terre (4 %), un secteur rassemblant les petites exploitations acquises par des noirs dans les années 1960, dans le cadre d’une timide politique de désagrégation foncière abandonnée par la suite. A cette réforme agraire, s’ajoutent des problèmes de démocratie : l’opposition est brimée et les élections sont considérées comme entachées de fraudes. Les pays occidentaux tournèrent le dos à Mugabe qui ne faiblit jamais devant eux. C’est la fin de l’idylle.
Daouda MANE
Sources :
Internet
Daniel Compagnon : La prétendue «réforme agraire» au Zimbabwe. A qui profite le crime ? S.E.R. / «Etudes», 2003/3 Tome.

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