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Sidi Diop, gardien du cimetière des tirailleurs : la détermination d’un volontaire !

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La vie est parfois simple ! Sidi Diop, un homme d’approche ordinaire a pourtant participé à la restauration d’un grand édifice historique, le cimetière du tirailleur situé à Thiaroye. Découverte d’un héros qui cultive la discrétion.

Des rangées de 202 sépultures anonymes sont séparées par une allée en terre-plein dans ce cimetière militaire de Thiaroye situé dans la banlieue de Dakar, où sont inhumés les tirailleurs sénégalais tués dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, selon la version officielle. «Le corps des tirailleurs », formé de soldats de colonies françaises d’Afrique, comprenait notamment des Sénégalais, des Soudanais (actuels Maliens), des Voltaïques (aujourd’hui Burkinabè), des Ivoiriens. Ceux qui déménagent souvent trimbalent des cartons qu’ils finissent par ne plus ouvrir. Leur passé est là, à portée de main, pas vraiment encombrant. Ils ont fini par s’y faire. Leur préoccupation est ailleurs. Leur propre personne n’est même pas au centre de leur préoccupation. Il est difficile de croire qu’une telle catégorie de personnes existe encore. Et pourtant, il suffit de faire un tour au cimetière de Thiaroye et d’écouter le récit de Sidi Diop, pour se rendre compte, cette trempe d’individus existent bel et bien. Sidi mettrait bien au placard la saga familiale. Ce qui l’intéresse, c’est de mettre en avant l’histoire du Sénégal, de la valoriser, de la restituer. De son enfance à Pikine, à l’adolescence, ce fils d’un cultivateur et d’une femme au foyer né en 1952 se retrouve gardien et conservateur d’un cimetière rempli d’histoires. De quoi Sidi Diop est-il le nom ? En apparence, il est simplement habillé, mais affiche aussi une élégance discrète. Ce qui impose d’emblée un ton posé, réfléchi. Il ne manie point la langue de Molière. C’est dans un wolof brute qu’il parle avec des mots précieusement choisis.

Ces héros fusillés

La «méconnaissance de l’Afrique souvent résumée à des clichés » n’a évidemment pas échappé à ce gardien de cimetière, plus engagé qu’il ne veut le dire, d’aller au-delà du commun des habitants de cette bourgade tranquille qu’est Thiaroye. Son grand-père a surement combattu avec les forces françaises aux cotés des tirailleurs, dit-il. A l’image de la plupart des africains du reste. «Il y a 70 ans, l’armée française faisait feu près de Dakar sur des tirailleurs sénégalais réclamant leurs soldes», raconte t-il. Sidi Diop, gardien du cimetière des tirailleurs : la détermination d’un volontaire ! 1

Au petit matin du 1er décembre 1944, dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, l’armée française réprime dans le sang le mouvement de protestation de tirailleurs sénégalais (un terme qui désigne des soldats originaires de plusieurs régions de l’Afrique occidentale française). Alors que ces hommes réclament le paiement de leurs soldes, correspondant à leurs années de captivité par les Allemands en France durant la Seconde guerre mondiale leurs frères d’armes ouvrent le feu, faisant plusieurs morts. «Des tirailleurs sénégalais ont été prisonniers de guerre pendant quatre ans en France à partir de 1940. Après la libération, l’armée les fait rentrer à Dakar en 1944. Ils doivent alors toucher leurs soldes, le salaire pour les militaires. Ils arrivent en novembre et avant de retourner dans leur pays d’origine, ils sont regroupés à Thiaroye, un camp militaire qui existait depuis la Première guerre mondiale. Ils sont en voie de démobilisation, mais il semble que l’armée n’a pas l’intention de payer les restants. Il y a un mouvement de protestation de la part des tirailleurs qui refusent de repartir chez eux. Ces hommes seront alors collectivement fusillés. Leurs corps enfouis dans des fosses communes situées quelque part à Thiaroye», raconte t-il. De bouches à oreilles, de générations en générations, l’histoire a été contée. Toutefois, il ne restait pas grand chose de la mémoire de ces braves militaires.

Un engagement volontariste

Devant cette incertitude un homme méconnu du grand public a pourtant joué un rôle déterminant. Sidi Diop dit avoir été animé par une «inspiration divine ». A l’époque se souvient t-il, l’endroit était une décharge non occupée où les populations venaient déverser des ordures. Il décide alors d’agir. Il prend volontairement les devants. Sidi parvient à convaincre quatre de ses amis. Ensemble, ils viennent quotidiennement balayer l’endroit, l’entourent de grilles et font appliquer une défense. Désormais, les populations sont strictement interdites de jeter des ordures sur ces lieux «remplis d’histoire». Le matin Sidi est au travail, l’après midi, il veille sur l’endroit. Des années durant, il va mener cette activité, dans un élan purement volontariste et désintéressé. C’est à travers une circonstance les plus hasardeuses qu’un homme vient vers lui. «Il avait bonne mine et dégageait une allure réconfortante», se souvient Sidi. L’homme s’approche salue et se met à poser des questions. «Il m’a d’abord signifié que l’endroit était une propriété militaire », se rappelle Sidi. Il explique à son interlocuteur venu de nulle part qu’il était simplement mû par le désir de restaurer cet endroit historique qui à défaut de soin risque de sombrer dans l’oubli. Séduit par cette initiative l’homme en face qui se trouve en réalité être un commandant de l’armée le convoque le lendemain. Comme convenu, il se retrouve dans un bureau au camp militaire de Thiaroye avec de hauts gradés. «Les militaires ont unanimement salué l’initiative et ont pris séance tenante une décision. J’ai été nommé gardien officiel des cimetières de Thiaroye», se rappelle t-il. Cette nomination va davantage accroitre la détermination du volontaire. Désormais, c’est toute la journée durant qu’il reste sur les lieux. Quid de ses dépenses quotidiennes ? L’homme préfère s’en remettre à Dieu en comptant souvent sur des bienfaiteurs touchés par son acte.

La partition des gouvernants

Les autorités mises au courant se rapprochent. Parmi les hommes qui ont joué un rôle déterminant pour que cet endroit rempli d’histoires et symboles à plus d’un titre ne soit oublié, figure en bonne place, Me Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal. En effet, selon les témoignages de Sidi Diop, Me Wade avait plusieurs fois dépêché son chef de protocole, afin qu’il vienne s’enquérir auprès du gardien, ce qu’il fallait faire. Après information, le ministre de la Défense de l’époque, Abdoulaye Baldé est également venu sur les lieux. Avec l’intérêt des autorités, l’endroit est totalement réfectionné.

Sidi Diop, gardien du cimetière des tirailleurs : la détermination d’un volontaire ! 2Des murs sont construits, les tombes restaurées, des fleurs plantées et un musée historique mis à la disposition des visiteurs. Me Abdoulaye Wade viendra plusieurs fois sur les lieux. En visite au Sénégal, François Hollande, alors président de la République françaises avait remis à son homologue Macky Sall une copie des archives françaises sur Thiaroye, un geste salué par le président sénégalais au nom du devoir de mémoire. «Nous sommes ici sans ressentiments, pour reconnaître et rappeler notre histoire commune afin que vive la mémoire des tirailleurs et qu’elle soit préservée de l’oubli» avait dit Macky Sall, président de la République du Sénégal. Soixante-dix ans après, François Hollande a fait le déplacement pour exprimer la dette de la France : «Je voulais réparer une injustice parce que les évènements qui ont eu lieu ici sont tout simplement épouvantables, insupportables. Et la France se grandit chaque fois qu’elle est capable de porter un regard lucide sur son passé», disait t-il.  «Ce jour-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mon émotion m’a fait verser de chaudes larmes. Il me revenait alors à l’esprit, tout ce parcours effectué, pour que cet endroit soit enfin reconnu», souligne Sidi Diop. A lui seul, il a contribué à la restauration d’un pan historique de tout un continent, réalisant ainsi le rêve de plusieurs générations, de pouvoir se remémorer sur cet endroit rempli d’histoires. A notre tour, nous lui demandons, quel est son plus grand vœu. Sans rechigner Sidi affirme : «rencontrer la première dame du Sénégal»!

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