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Chronique

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Alain Frachon

Les Etats-Unis appuient une politique d’annexion rampante de la Cisjordanie, alors que le président américain fait en Terre sainte la politique des chrétiens évangéliques les plus intégristes, estime dans sa chronique Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 11h32 Temps de Lecture 4 min.

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Chronique. En deux ans, la diplomatie Trump, aussi unilatéraliste qu’interventionniste, a commencé à bouleverser la scène internationale – sans résultats encore très avancés. Sauf sur un dossier particulier : le conflit israélo-palestinien. Là, dans cette vieille histoire, sortie de l’actualité mais pas moins triste aujourd’hui qu’hier, Donald Trump a d’ores et déjà laissé sa marque. Une marque peut-être indélébile : la fin de l’idée d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël.

Le président américain a abandonné toute prétention à exercer une médiation entre les deux parties en conflit. Il a soldé et enterré ouvertement, sans hypocrisie, la mission « d’honnêtes intermédiaires » que les Etats-Unis feignaient encore d’exercer du temps de Barack Obama. Trump est dans un seul camp, un seul, celui d’Israël ; le 45e président américain n’a aucune considération pour les aspirations nationales des Palestiniens. Il leur a fait savoir. Sa politique témoigne, en revanche, de la plus grande sympathie pour l’ambition affichée de la droite israélienne : l’annexion d’une grande partie du territoire palestinien de Cisjordanie – au programme du Likoud de Benyamin Nétanyahou et de ses partenaires de l’ultradroite.

Pas de projet politique

Trump dira que sa politique est le reflet de la situation sur le terrain. Il avancera qu’elle est frappée au coin du réalisme, libérée des tabous de l’expertise et débarrassée des scrupules des belles âmes. Il fera valoir, non sans quelques munitions, que les Palestiniens ont raté l’occasion de la paix entre le milieu des années 1990 et les premières de notre siècle.

Le président, qui se targue d’être un immense négociateur, sans doute « le plus grand », a bien confié à son gendre multitâches, Jared Kushner, le soin de concocter puis de proposer aux Israéliens et aux Palestiniens « l’accord de paix du siècle ». Deux ans plus tard, rien à l’horizon.

Kushner vient cependant de livrer quelques clés sur sa perception du conflit. Faute de projet politique, il a présenté, fin juin à Manama, au Bahreïn, le volet économique de son travail. C’est très bien intentionné : 50 milliards de dollars (44 milliards d’euros) d’investissements sur dix ans en Cisjordanie (30 % de taux de chômage) et à Gaza (50 %). Ces deux territoires palestiniens, qu’Israël occupe depuis la guerre israélo-arabe de 1967, en auraient bien besoin.

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Monsieur « gendre » sollicite les investisseurs internationaux sans dire un mot du cadre politique futur, comme si ce volet économique pouvait prendre corps dans le statut actuel des territoires. Aux mains d’un Hamas de plus en plus impopulaire, Gaza (deux millions de résidents) est sujet à un strict embargo de la part d’Israël comme de l’Egypte. La Cisjordanie est territoire occupé. Les Israéliens y contrôlent à peu près tout. Investir en Cisjordanie est, pour un groupe étranger, d’abord un investissement politique : on entérine l’occupation et la croissance des implantations israéliennes.