UTILISE COMME BOISSON ALCOOLISEE : Alcoolisme par le parfum Les ravages du  «boul fallé»

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Parfum utilisé par certains habitants du Département de Linguère pour se saouler, le «boul falé» continue de faire des ravages chez les jeunes qui en sont férus au détriment de leur santé physique et mentale. Et au grand dam des populations dont la quiétude est troublée.

Le Djolof s’enivre de «boul falé». Si le parfum est bien prisé dans les localités éloignées du Département de Linguère, c’est moins sa fragrance qui attire ses inconditionnels que son titrage en alcool. L’absence de bars dans les villages les plus reculés amène beaucoup de jeunes à consommer l’eau de Cologne «boul falé», un produit bon marché. Ce produit, en provenance des grandes villes comme Dakar, Touba et Louga, inonde toutes les localités du Djolof. À défaut de trouver des bars et autres débits de boissons alcoolisées, beaucoup de jeunes de Dahra et de Linguère se rabattent sur cet arôme qui fait des ravages. À l’occasion des marchés hebdomadaires, le «boul falé» se vend comme des petits pains malgré les patrouilles des éléments des brigades de gendarmerie de Dahra et de Linguère. Ces derniers ont pris des mesures pour limiter les dégâts causés par ce parfum très nocif pour la santé, en plus d’être à l’origine de plusieurs bagarres à l’arme blanche souvent mortelles.
Ces adeptes de Bacchus, pour la plupart des jeunes bergers, flambent leurs pécules après avoir vendu leurs bêtes dans les marchés hebdomadaires pour un instant d’étourdissement. La ruée vers ce liquide grisant est bien une réalité quotidienne dans cette partie du Djolof. Hamady Kâ a pris l’habitude d’en consommer depuis quelques temps. En ce jour ensoleillé au marché hebdomadaire de Linguère, il se faufile entre les commerces, comme perdu dans ses rêves. Son anxiété, il la noie dans le «boul falé». «Je me soûle pour combattre le stress et l’angoisse au quotidien ; je prends ce parfum sans réfléchir aux conséquences», marmonne-t-il. La seconde raison est simple à ses yeux : «Avoir de l’alcool dans le Département de Linguère est un vrai parcours du combattant car les bars sont rares ; c’est pourquoi d’ailleurs nous nous rabattons sur ce parfum qui est moins coûteux que les boissons alcoolisées».

L’alcool des bergers

Malgré la vigilance des pandores lors des marchés hebdomadaires, les marchands ambulants qui sillonnent les «loumas» parviennent à écouler leurs marchandises sous leur nez. À Dodji, Barkédji, Widou Thingoli, Lindé…, les marchands forains appelés «bana-banas» entretiennent le commerce de ce produit nocif dont la vente n’est pas prohibée. Pour se ravitailler, ces jeunes déboursent entre 800 FCfa pour la bouteille de 25 cl et 1.500 FCfa pour la bouteille de 50 cl.
C’est une aubaine pour les «apprentis soûlards» très tôt happés par des ennuis de santé à la fleur de leur âge. Ils claquent leurs économies tirées de la vente du bétail pour se procurer le parfum de la déperdition que Baye Modou, originaire de Touba, écoule depuis un moment au marché hebdomadaire de Linguère. Ce que ces jeunes en font, il n’en a cure. «Je vends des parfums normalement destinés à exhaler une fragrance. S’ils l’utilisent à d’autres fins, ce n’est pas trop mon problème. Je suis quitte avec ma conscience même si je sais que beaucoup de ces jeunes l’utilisent pour se saouler», confie-t-il, non sans révéler que c’est le produit qui lui rapporte le plus de bénéfice. C’est la même rengaine qu’il sert aux forces de l’ordre. À chaque marché hebdomadaire, des saisies importantes de boissons illicites sont enregistrées par la gendarmerie déployée sur les lieux. Certains délinquants sont interpellés pour délit d’ivresse publique.

Quand l’ivresse incite au meurtre

Le banditisme est une douloureuse réalité à Linguère. Le «boul falé» n’y est pas étranger. Selon le Commandant de la brigade de Gendarmerie territoriale de Linguère, l’adjudant-chef Salif Diallo, «90% des coups et blessures enregistrés dans la localité sont l’œuvre de personnes en état d’ivresse et surtout de jeunes dont la tranche d’âge se situe entre 14 et 20 ans. Rien qu’en 2019, 38 cas ont été enregistrés sous l’effet de l’alcool». Le port d’armes blanches fait partie de leurs coutumes. Cependant, ce phénomène a considérablement baissé par rapport aux années 1990 avec la transhumance et l’installation des brigades de gendarmerie dans les zones les plus reculées. «Le « boul falé » pousse les jeunes à commettre des meurtres. C’est pourquoi on interdit, dans certains villages où la consommation est forte, d’organiser des baptêmes, des mariages et d’autres festivités de ce genre. Un gosse vient d’être déféré à Louga parce qu’il s’est rendu à Lindé, un village du Département de Linguère, pour se procurer du «boul falé». À son retour dans son village natal en état d’ivresse, il a menacé ses parents avec un coupe-coupe. Ce qui lui a valu une arrestation pour trouble à l’ordre public et menace avec arme blanche», renseigne l’adjudant Diallo.

DR DIÈNE DIOUF, CHEF DU POSTE DE SANTÉ DE BARKÉDJI : «Les consommateurs sont exposés à l’inflammation du foie»

«Le taux d’alcool qu’on trouve dans ce parfum nocif est trop élevé et même supérieur à l’alcool naturel. C’est pourquoi, ses consommateurs sont quotidiennement exposés à des risques énormes tels que l’inflammation du foie, son augmentation de volume, le grossissement du ventre et le jaunissement des yeux. Quelques jours plus tard, le malade pourrait même être atteint de cirrhose, ce qui mène tout droit vers le cancer du foie». Ces propos du docteur Diène Diouf, qui gère le poste de santé de Barkédji, une zone très touchée par la consommation du «boul falé», sont certes alarmants, mais traduisent la réalité. Aujourd’hui, ajoute-t-il, force est de reconnaître que pas mal de patients cancéreux du foie sont généralement des adeptes de ce produit toxique.

Source de troubles psychiques et de problèmes cardiaques

Les adeptes du «boul falé» sont également exposés aux troubles psychiques car, à en croire le docteur Diène Diouf, «les effets toxiques contenus dans ce produit peuvent entraîner un dysfonctionnement du système nerveux». Par ailleurs, la plupart des consommateurs du parfum consultés souffrent de problèmes cardiaques et respiratoires. Cette boisson dangereuse continue de faire des ravages chez les jeunes. Pour voler à leur secours, les blouses blanches ont tiré la sonnette d’alarme pour les mettre en garde contre ses conséquences sur la santé avec des campagnes de sensibilisation.
Autoriser les débits de boissons, une solution ?
Face aux dégâts causés par le «boul falé», le Préfet du Département de Linguère, Mbassa Sène,  a pris un certain nombre de mesures pour juguler ce fléau. L’autorisation des débits de boissons alcoolisées doit, à ses yeux, être une réalité à Linguère. Ce n’est pas toujours le cas dans certaines zones reculées du département de Linguère. «Les gens peuvent ouvrir des bars ; c’est la seule manière de freiner la consommation du « boul falé » qui fait d’énormes ravages. L’essentiel est de se conformer aux normes établies par l’État.  La circulation et la vente de ce parfum ne sont pas interdites par la loi, donc nous ne pouvons pas appliquer des mesures coercitives contre ces délinquants. Il faut sensibiliser ces jeunes illettrés qui n’ont reçu aucune éducation. Ils passent tout leur temps à courir derrière des troupeaux», préconise-t-il.

Par Masse NDIAYE

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